Sans queue ni tête

Film français de Jeanne Labrune

Avec Isabelle Huppert, Bouli Lanners, Richard Debuisne Sabila Moussadek

Sortie le 29-09-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h35

 
 
   

Clic-claque ou divan ?

Discrète, mais tenace, Jeanne Labrune poursuit son étude des bobos - dans tous les sens du mot - contemporains qui caractérise sa démarche cinématographique. Cette fois-ci, elle nous propose la rencontre d’une prostituée quinqua, épuisée par sa clientèle, avec un psychanalyste qui se trouve dans le même état. Ces deux activités professionnelles nous sont présentées comme quasi identiques : on vient s’allonger une demi-heure et on paye en repartant. Ce postulat savoureux et riche de promesses nous laisse espérer un développement plein de ressources.



Mais cet excitant point de départ fait long feu car le scénario hésite, sans se décider, entre comédie et drame. La crise que traversent nos deux héros est traitée par petits sketches alternés, répétitifs et inégaux qui ne font guère progresser l’action. De plus, la confrontation espérée entre les deux déprimés tarde à intervenir car, de refus en rendez-vous manqués, la rencontre attendue se trouve trop longtemps reportée, d’autant plus que les confrères recommandés par le psy en crise esquivent également l’analyse de cette cliente inhabituelle. Pendant cette attente, Isabelle Huppert fait de louables efforts pour changer d’aspect selon le goût des clients, mais ce transformisme à la Frégoli ne suffit pas à nourrir notre intérêt pour cette "Belle de Jour" fatiguée (alors qu’elle vient d’être parfaite en mère indigne dans l’astucieux Copacabana de Marc Fitoussi). Quant au psy, son comportement perpétuellement bougon et mutique finit par engendrer une monotonie que Bouli Lanners n’exprimait guère dans son excellent Eldorado.

Le caractère des personnages et leurs désirs demeurent donc imprécis dans ce scénario longtemps privé de direction, jusqu’à ce qu’intervienne enfin un ultime « psy ex machina », interprété par le scénariste du film, Richard Debuisne. On ne peut pas dire qu’il ne se soit pas donné le beau rôle, fâcheuse tendance qui apparaissait déjà dans Cause Toujours, le précédent film de Jeanne Labrune : humain, attentif aux autres, plein de sollicitude envers les trisomiques, ce psychiatre christique va aider notre pute à retrouver l’équilibre dans ce monde en perte de repères. Finalement, Sans Queue ni Tête n’est pas la comédie espérée, mais ce film incertain a au moins le grand mérite de ridiculiser la psychanalyse, rejoignant la croisade de Michel Onfray contre cette pseudo science qui jouit d’une regrettable vénération depuis bien trop longtemps.