Les Amours imaginaires

Film canadien de Xavier Dolan

Avec Monia Chokri, Niels Schneider, Xavier Dolan

Sortie le 29-09-2010
Sélection
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h35

 
 
   

L Infidélité du fantasme

Dans son premier film, remarquable, J’ai tué ma mère (2009), le très jeune Xavier Dolan nous plongeait dans la réalité brute d’une relation mère-fils bouleversante, tant la haine et l’amour se disputaient la place. Il revient à la mise en scène avec Les Amours imaginaires fondée cette fois, sur la distance d’un regard esthétisant. Une oeuvre au charme si maîtrisé, qu’elle glisse sans transporter, frisant l’hermétisme.



Lorsque Francis et Marie, deux bons amis, rencontrent Nicolas, ils succombent à l’enchantement et se perdent dans l’illusion d’un amour réciproque. Ainsi mis à l’épreuve, le duo amical qui se croyait infrangible, se transforme en duel…

A travers ce trio en porte à faux, Dolan questionne l’élan amoureux des vingt ans qui ne s’est pas encore abîmé dans la désillusion. Là où le fantasme éloigne plus qu’il ne rapproche, parce que méconnu, il a tout loisir de se répandre à l’infini. Mais ce film sur l’envoûtement de l’amour ne contamine pas. Car Dolan signe une boucle trop bouclée, où la forme, plutôt que d’épouser le fond, l’enferme, exactement comme la projection dessine son idéal, pour mieux le posséder. L’usage du ralenti, qui sublime les personnages, signale la facticité de leurs états d’âme et des mouvements qui les rassemblent. Les décors et les costumes trop travaillés qui les figent, soulignent la cristallisation et le faux à l’oeuvre, dans la psyché des deux amoureux, comme à l’écran, sous les yeux des spectateurs.

Les Amours imaginaires capture en déformant : c’est le coeur de son sujet, le moteur de sa mise en scène ; mais c’est, hélas aussi vrai de son impact. Le film est tellement emprunt d’affectation et d’artifice, qu’il apparaît infidèle et trompeur, bref, dénué de sincérité.