Teza

Film éthiopien de Haïlé Gérima
Co production Ethiopie/Allemagne/France

Avec Aaron Aréfé, Araba Evelyn Jonhston-Arthur, Téjé Tesfahun, Abéyé Tédia

Sortie le 28-04-2010
Prix spécial du Jury (Mostra de Venise 2008)
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h20

 
 
   

Vingt années difficiles

Un film éthiopien est suffisamment rare pour piquer notre curiosité, mais je ne suis pas certain que celui-ci comblera les lacunes historiques d’un spectateur européen sur les multiples soubresauts qui ont ébranlé cette partie de l’Afrique depuis quelques décennies.

"TEZA" nous conte la vie du jeune Anberber qui se déroule en partie en Allemagne de l’Est communiste où il vient étudier la médecine dans les années 70. Les années 80 le voient revenir en Ethiopie, désormais sous la férule du régime totalitaire de Haïlé Mariam Mengistu qui a renversé le vieux Négus, Haïlé Sélassié.
Le nouveau pouvoir le renvoie en Allemagne où, victime d’une brutale agression raciste, il doit être amputé d’une jambe. Gravement traumatisé, il retourne dans son village natal dans les années 90 à la grande joie de sa mère. Mutilé et presque amnésique, il va tenter de retrouver l’envie de vivre auprès d’Azanu qui est rejetée par le village. On comprend que ces épreuves accumulées n’inclinent pas Anberber vers la joie de vivre…

Ethiopien de naissance, le réalisateur Haïlé Gérima émigre aux Etats-Unis en 1967 où il étudie le cinéma à l’UCLA. Il figure parmi les fondateurs de la "Los Angeles Black Filmakers" et va consacrer sa vie à un cinéma noir autonome et militant, aux antipodes des préoccupations hollywoodiennes. Parallèlement, Il enseigne aussi la réalisation à l’Université Howard de Washington.

Hors du système depuis ses débuts, plus de 14 années seront nécessaires à la rédaction de "TEZA" qu’il souhaite être « révolutionnaire et didactique ». On ne peut que respecter cette attitude rigoureuse, mais cette lourde entreprise dont il est à la fois producteur, auteur, réalisateur et monteur aboutit à un trop long récit de deux heures vingt, dont la chronologie est rendue parfois confuse par des flashes-back qui nous égarent, et souvent obscure pour qui voudrait découvrir l’histoire récente de l’Ethiopie.

Après tant d’années solitaires consacrées à l’élaboration d’un projet si personnel, on mesure l’importance que « l’½il neuf » d’un coscénariste et d’un monteur aurait pu apporter à cette ambitieuse entreprise.