8 fois debout

Film français de Xabi Molia

Avec Julie Gayet, Denis Podalydès, Mathieu Busson, Kevyn Frachon,Constance Dollé, Christian Erickson, Marc Bodnar

Sortie le 14-04-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h43

 
 
   

... souvent couchés ?

Après des études de lettres à Normale Sup, Xabi Molia mène simultanément une carrière de romancier et de cinéaste. Quelques courts-métrages précèdent 8 fois debout, son premier long métrage dont il a évidemment écrit le scénario. Il nous conte l’histoire de deux voisins de palier, Elsa et Mathieu, qui vivotent de petits boulots et ont beaucoup de difficultés pour décrocher un véritable emploi malgré les entretiens d’embauche qui se succèdent, échec après échec.

Il apparaît très vite qu’ils ne sont pas tellement victimes d’une société hostile, mais d’un profond désir de ne surtout pas trouver de travail ! La description de leurs situations réciproques se développe sur un ton de comédie douce-amère, servie par le réel talent de dialoguiste du réalisateur qui nous laisse espérer un film d’une tonalité originale où Bruno Podalydès et Julie Gayet, dans leurs différents entretiens avec les DRH, font merveille en jonglant avec les mensonges et le non-dits.
Comme souvent dans le cinéma français, après ce début séduisant et prometteur, le récit va perdre progressivement l’inventivité et le ton désinvolte qui faisaient son charme. Si Mathieu, chassé de son appartement, affronte philosophiquement son nouveau statut de SDF solitaire en vivant dans une forêt où le tir à l’arc occupe son désoeuvrement assumé, Elsa – également mise à la rue – n’a plus la possibilité de recevoir durant le week-end son jeune fils qui vit avec son père dont elle est séparée. Cependant, cette difficulté supplémentaire ne parvient pas à vaincre sa répulsion pour un travail régulier qui lui permettrait d'obtenir la garde de l'enfant, ce qui finit par diminuer sérieusement le capital de sympathie que son personnage dégageait au début. On finit par se demander comment elle entretient son break Volvo et d’où vient sa garde-robe toujours impeccable.
Lorsqu’ils étaient voisins, les rencontres entre Elsa et Mathieu étaient aisées mais, chassés tous les deux de leurs logements, comment les réunir désormais pour continuer leur relation ? Xabi Molla s’en remet alors au fameux dieu Hasard "qui fait si bien les choses", solution plutôt paresseuse pour un auteur qui n’est pourtant pas dépourvu d’invention. Le « far niente » de ses personnages serait-il contagieux ? Le reste de sympathie éprouvé pour Elsa va fondre définitivement devant le comportement de cette étrange mère qui observe froidement, durant un week-end, son fils se noyer sur une plage déserte avant de se décider à intervenir mollement. Une pirouette arbitraire propose bien une réconciliation finale mère/fils, mais le spectateur quitte ce film déconcerté par le radical changement de ton d'une histoire commencée dans un humour léger qui s'est perdu en route.