White Material

Film français de Claire Denis
Claire Denis et Marie NDiaye

Avec Isabelle Huppert, Isaac de Bankolé, Christophe Lambert, William Nadylan, Michel Subor, Nicolas Duvauchelle, Adèle Ado, Ali Barkal

Sortie le 24-03-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h42

 
 
   

Combats douteux

Bouclant la boucle entamée avec son premier film, Chocolat (1988), Claire Denis retourne dans le pays de son enfance : le Cameroun. On sait combien son oeuvre est concernée par le peuple noir et les diverses conséquences de la décolonisation, que ce soit en Afrique ou en France. White Material ne fait pas exception à cette tendance mais, cette fois-ci, le portrait qu’elle trace des Africains semble nettement moins indulgent, frôlant même la limite des habituels clichés racistes.

Serait-ce une influence imprévue de sa co-scénariste, Marie NDiaye ? Soulignons que les Blancs – le white material - ne sont guère mieux traités, ce qui rétablit à peu près l’équilibre dans l’horreur. L’action se situe dans un pays non précisé et dépeint les efforts d‘une propriétaire de plantations de café qui voit sa récolte menacée par une guerre civile confuse impliquant, entre autres, des enfants-soldats. L’armée française va se retirer et somme les colons d’évacuer les lieux. Les Blancs plient bagages, les ouvriers agricoles désertent les plantations mais, seule, l’intrépide Isabelle Huppert refuse de battre en retraite et tente désespérément d’engager de la main d’oeuvre pour sauver sa récolte.

Le choix d’une star pour incarner cette malheureuse me semble le point le plus discutable du film. Après avoir vu récemment ses rizières inondées - succédant à Catherine Deneuve qui perdait, elle-même, ses plantations d’hévéas - on a du mal à la retrouver, cette fois-ci, conduire un tracteur ou faire de la motocyclette sur des pistes défoncées avant de prendre "Un Tramway" pour aller au théâtre de l’Odéon (où elle paraît beaucoup plus à sa place). Ce n’est pas son talent qui est en cause, mais l’abondance stakhanoviste de ses apparitions maussades qui finit par provoquer un vague début de saturation. Je crois donc que White Material aurait beaucoup gagné en crédibilité en évitant une vedette pour le rôle principal, ce que Claire Denis a généralement évité dans ses films précédents où elle convoque sa troupe de fidèles : Michel Subor, Grégoire Colin, ou Florence Loiret Caille, entre autres.

Cela dit, pour cette histoire teintée d’autobiographie, il est possible qu’une certaine ressemblance physique entre la réalisatrice et son actrice principale ait pu influencer un tel choix. Ne cachons pas que peu de points de repère sont proposés pour comprendre clairement le déroulement de l’action, le spectateur cherchant à deviner qui combat qui, pourquoi Isaac de Bankolé se cache ou quelle est l’origine des conflits qui déchirent cette famille. Mais comparé au scénario de L’Intrus, celui de White Material pourrait apparaître comme un modèle de clarté. On peut même penser que cette opacité (volontaire ?) et cette difficulté à déchiffrer le rôle précis que jouent les différents protagonistes qui rôdent aux alentours, présentent l’avantage de nourrir vraiment l’angoisse grandissante qui infiltre l’histoire, aux antipodes des péripéties guignolesques d’un Blood Diamond, par exemple.

Ces quelques remarques n’entament en rien les réelles qualités d’une réalisation qui nous fait suffoquer dans la poussière et la chaleur, redoutant le déchaînement d’un danger imprévisible mais certainement prêt à bondir dans la bobine suivante. Toutefois, le talent de Claire Denis était plus efficace dans le sensible 35 Rhums.