The Good Heart

Film islandais de Dagur Kari

Avec Paul Dano, Brian Cox, Isild Le Besco

Sortie le 17-03-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h35

 
 
   

Cherchez la femme

Je n’ai pas vu les deux premiers films de l’Islandais Dagur Kári, mais ce que j’en ai appris m’incline à croire que The Good Heart creuse le même sillon : la difficulté pour un jeune marginal de s’insérer dans une société où il ne trouve pas sa place. Après un hameau islandais perdu dans la neige (Noi Albinoi,2003), puis les rues de Copenhague (Dark Horse, 2005), le réalisateur a planté sa caméra dans New York et engagé, pour la première fois, des acteurs professionnels mais qui font surtout carrière dans les films dits « indépendants », comme Paul Dano et Isild le Besco. Dans un climat nocturne et vaguement jarmuschien, Dagur Kári nous conte la relation chaotique de Lucas, jeune paumé hospitalisé après une tentative de suicide, avec son voisin de chambre, Jacques, vieux tenancier de bar qui en est à son cinquième infarctus. Jacques, solitaire, misogyne, acariâtre mais bon coeur (si j’ose dire), voit dans le naïf et généreux Lucas un repreneur possible de son minuscule bar et de sa clientèle d’habitués exclusivement masculins. Sorti de l’hôpital, Jacques récupère Lucas et commence son éducation de barman. Lucas, qui ne sait pas dire « non », apprend donc à servir consciencieusement des tournées aux poivrots qui sont vissés en permanence derrière le comptoir. Cette formation professionnelle allait commencer à porter ses fruits lorsque débarque dans ce bar misogyne une jeune hôtesse de l’air, April, dont Lucas tombe évidemment amoureux. Tous les projets de Jacques risquent de sombrer avec cette idylle imprévue. De mauvaise grâce mais pour ne pas perdre Lucas qu’il a pris en affection, il consent à héberger le couple. Les yeux dans les yeux, April et Lucas jouent les extra-terrestres sous le déluge des imprécations permanentes de Jacques qui finissent par le rendre plus antipathique qu’il ne devrait être. Cahin-caha, les conflits de ce trio bancal évoluent vers une conclusion que l’on pressent, suivie, par contre, d’un très improbable épilogue tropical. La principale faiblesse du film réside dans ce scénario ébauché qui ne fait évoluer ni les relations, ni le caractère des personnages et se termine sur une pirouette finale assez antipathique. (Il me semble que l’histoire prendrait plus de sens si Dagur Kári coupait cette ultime séquence). On regrette d’émettre quelques réserves sur cette tentative malgré tout sympathique, car elle demeure, avec ses défauts, beaucoup plus intéressante à découvrir que les somptueux jeux vidéo entièrement synthétiques qui occupent de plus en plus les écrans "avé la 3D". Il y a très, très longtemps, on a pu croire que le cinéma était enfin devenu un art adulte. Aujourd’hui, nous constatons que l’industrie hollywoodienne consacre sa puissance à satisfaire essentiellement le public enfantin et adolescent. C’est pourquoi les quelques films dus aux producteurs indépendants qui tentent d’échapper à cette déferlante doivent mériter notre soutien, ce qui ne signifie pas, bien entendu, une adhésion aveugle.