NINE

Film américain de Rob Marshall

Avec Daniel Day Lewis, Marion Cotillard, Nicole Kidman, Penelope Cruz, Sophia Loren, Kate Hudson, Fergie

Sortie le 03-03-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h58

 
 
   

NEIN !

Il faut un certain culot, et un culot certain, pour présenter au public une pareille entreprise. Nous savions déjà que était devenu une comédie musicale pour la scène à Broadway - nobody is perfect - mais qui pouvait imaginer qu’une adaptation destinée au cinéma de ce spectacle germerait dans l’esprit des producteurs hollywoodiens ? Le talentueux Daniel Day-Lewis s’est prêté à cette mascarade qui transforme un des chefs-d’½uvre de Fellini en revue des Folies-Bergères avec plumes et paillettes.

Disparues la poésie du noir et blanc, l’essentielle musique foraine de Nino Rota, les affres de Marcello devant la page blanche, les créatures qui viennent harceler le créateur en manque d’inspiration. Plus exactement, ces quelques éléments sont conservés dans ce fantôme de scénario, mais remplacés par des équivalences (?) au goût du jour :  Daniel Day-Lewis imitant Mastroianni imitant Federico ne peut faire oublier l’original, et les efforts de Penelope Cruz ou Nicole Kidman n’effacent pas le souvenir de Sandra Milo et Claudia Cardinale… Ce n’est pas une question de moindre talent - puisque le casting a engagé les meilleurs actuellement sur le marché – mais de l’absence de cette alchimie magique que seul possédait il Maestro. Il ne suffit pas d’aligner des figurantes à la poitrine opulente dans un décor baroque pour faire du Fellini : la pauvreté des numéros musicaux étonne de la part d’un chorégraphe comme Rob Marshall et ce n’est pas en transformant le malheureux Daniel Day-Lewis en escort boy chanteur (?) qu’on va redresser la barre…

 Je crois aussi que le rejet serait moindre si l’adaptation avait tourné totalement le dos à l’italianité et transposé ce spectacle à Las Vegas de nos jours, comme Romeo et Juliette avaient pu inspirer un brillant West Side Story new-yorkais. Au contraire, la réalisation s’acharne à remplir les rues romaines de Vespas, d’Alfa-Romeo d’époque et de paparazzi massés devant Cinecittà avec leurs Rolleiflex. Soit. Mais alors, laissez les parler la langue du pays, le comble de l’absurdité commerciale étant atteint lorsque les protagonistes ouvrent la bouche pour s’exprimer en anglais avec l’accent italien ! Le cinéma mondial ayant tout de même produit une poignée de chefs d’½uvre en un siècle, j’attends désormais avec une curiosité perverse le traitement que subiront les films de Bergman, Welles, Chaplin et tutti quanti lorsque Rob Marshall aura l’idée saugrenue de les « adapter ».