Sherlock Holmes

Film anglais de Guy Ritchie

Avec Robert Downey Jr, JudeLaw, Rachel Mc Adams, Mark Strong

Sortie le 03-02-2010
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h07

 
 
   

Canada Dry

Parmi les étranges entreprises que nous propose parfois le cinéma, en voici une qui surprend réellement. On imagine mal Hercule Poirot sans sa moustache cirée vidant le chargeur d’une mitraillette sur un Alien, ou bien un Don Quichotte obèse attaquant les moulins à vent sur un vélo. Eh bien Guy Ritchie nous convie à voir un Sherlock relooké, sans sa légendaire casquette à double visière, sans son macfarlane, presque sans pipe ni violon, flanqué d’un Dr Watson considérablement aminci et également new wave.

De plus, les deux acteurs principaux (plutôt sveltes et fluets) sont censés exceller dans les arts martiaux et terrassent en permanence des colosses herculéens avec l’aide d’un montage clip pour film-annonce. On suppose donc que  Bruce Willis et Van Damme n’étaient pas libres pour endosser ces rôles qui semblaient taillés sur mesures pour eux. Certes, tout cela donne un film vif, spectaculaire, dont l’humour n’est pas totalement absent, mais on se demande pourquoi avoir maintenu Sherlock Holmes comme titre.

Pascal Thomas nous propose désormais son Agatha Christie annuel mais, au moins, il s’inspire d’un de ses ouvrages. L’autre hardiesse de Guy Richtie est de ne pas avoir adapté une oeuvre du pourtant fécond Conan Doyle, mais chargé un quatuor de scénaristes de rédiger un script original qui correspondrait davantage au goût du public actuel (?) Ils ont donc pondu une histoire belphégoresque à la Da Vinci Code qui se déroule dans le Londres de la fin du 19e siècle, seul élément qui a résisté à la vague de renouvellement désirée par les auteurs du film. Il faut reconnaître que la superbe reconstitution, grâce aux décors numériques, de ce Londres en plein essor est l’atout principal de cette production et que la longue cohorte des techniciens responsables de cet exploit graphique devrait cosigner la réalisation de ce Sherlock Holmes pris en otage. Mais les effets spéciaux passant désormais inaperçus tant ils sont parfaits, le spectateur se retrouve devant le seul critère valable : que vaut l’histoire qu’on lui raconte ? Selon moi, en puisant tout simplement dans l’oeuvre de Conan Doyle et en lui offrant les mêmes moyens techniques, le film obtenu n’aurait pas été aussi démodé que le craignaient les producteurs de cet ersatz post-moderne. Mais à l’heure du téléchargement illimité et gratuit, le respect des auteurs semble une attitude bien anachronique.