Tetro

Film américain de Francis Coppola

Avec Vincent Gallo, Maribel Verdù, Alden Ehrenreich, Carmen Maura, Klaus Maria Brandauer

Sortie le 23-12-2009
Ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h07

 
 
   

Ma non troppo

On imaginait que le nom de Coppola allait se maintenir désormais dans le cinéma grâce à sa fille, Sofia, puisque Francis Ford semblait avoir viré définitivement viticulteur. Mais le voici qui réapparaît, en assez bonne forme, avec ce Tetro inattendu qui a fait l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs (la Sélection Officielle n’en ayant pas voulu, d’après les on-dit).

Trente-cinq ans après Conversation Secrète, Coppola réalise enfin un scénario dont il est à nouveau l’auteur, le succès du Parrain et des superproductions suivantes l’ayant écarté de son projet professionnel initial : être le scénariste de tous ses films. L’âge venant, il a pu donc, à nouveau, assouvir son goût pour l’écriture avec ce Tetro, co-production italo/hispano/argentine.

Bennie, 18 ans, profite d’une permission de la Marine pour débarquer à l’improviste chez son frère aîné, Tetro, qui a quitté brutalement sa famille et les Etats-Unis depuis dix ans, sans explications, et vit à présent à Buenos Aires avec une compagne qu’il adore, Miranda. Menant une existence bohême, Tetro a abandonné un roman qu’il tentait d’écrire et, surtout, oublié la promesse faite à son petit frère de revenir le chercher. Bennie voudrait comprendre les raisons de cette fuite imprévisible, peut-être due à leur père, grand chef d’orchestre despotique. Tetro manifeste peu d’enthousiasme pour la visite inattendue de son cadet, alors que Miranda l’accueille avec plus de chaleur. Mais peu à peu, les liens vont se renouer et Bennie finira par découvrir les raisons du départ de son grand frère.

Tourné dans un très beau noir et blanc avec une mise en images inventive, la première partie du film est séduisante, prouvant que Coppola n’a pas perdu la main. Vincent Gallo, Maribel Verdù et Leonardo di … pardon, Alden Ehrenreich forment un trio de personnages cohérents dans la mise en place de ce récit qui nous intrigue. Hélas, le scénariste ne sera finalement pas à la hauteur du réalisateur (ne regrettons donc pas la carrière de Francis Ford et ses blockbusters historiques) car ce drame familial va évoluer progressivement vers un délirant roman-photo-mélo, inondé par le jeu excessif de Klaus Maria Brandauer qui se donne vainement beaucoup de mal pour incarner un maestro italien, et une Carmen Maura égarée dans un rôle de gourou littéraire. Le montage du vieux compagnon de route, Eddy Murch, n’aide guère l’entreprise dans une dernière partie si diluée qu’elle aboutit à un film de plus de deux heures, ce qui est manifestement trop alors que le public a découvert depuis longtemps déjà les raisons évidentes de ce drame familial.