Vincere

Film italien de Marco Bellocchio

Avec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Fausto Russo Alesi, Michela Cescon, Corrado Linvernizzi

Sortie le 25-11-2009
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h58

 
 
   

Oeuvre à la fois baroque et expressionniste, Vincere attaque, à travers la figure de Mussolini et ses abus de pouvoir, certains des piliers de la société italienne de l’époque : le pouvoir médiatique (qui sert celui de la politique) et la religion. Pour ce faire, il peint le portrait d’une femme hors du commun, la femme cachée de Mussolini : condamnée au silence et à l’oubli, elle persiste jusqu’à sa mort dans son cri de la vérité.

Passionnément amoureuse de Benito Mussolini, alors qu’il n’est encore « personne », car rejeté politiquement, Ida Dalser, qui croit en ses idées, vend tous ses biens afin que le jeune Mussolini  puisse fonder le journal « Il Populo d’Italia » à Milan. S’ensuit l’irrésistible ascension du futur Duce, en même temps que le reniement d’Ida Mussolini et de leur fils, tous deux voués à l’asile.

Bellocchio se concentre sur le destin de cette femme et de son fils, depuis leur éloignement du couple officiel que forme Mussolini avec Rachele, jusqu’à l’enfermement à l’asile psychiatrique (où ne les environnent presque que de silencieuses religieuses) que leur vaut leur obstination à revendiquer leurs liens légitimes avec Mussolini. Lequel en fait détruire toute trace administrative. Vincere glisse de l’union charnelle passionnée, d’autant prégnante qu’elle est filmée avec force sensualité, à l’isolement absolu de deux êtres reniés parce qu’inutiles, voire gênants.  Révolte et désespoir, accumulation de malheurs rythment leur combat pour la reconnaissance, qui prend donc les accents de la tragédie. Le film de Bellocchio a d’ailleurs l’emphase des drames baroques et expressionnistes. Mais  la plainte baroque laisse vite place au cri expressionniste, tant l’abaissement d’Ida et de son fils leur font renouveler l’action, dans une perpétuelle tentative de se redresser. L’outrance de leur cri, ou l’expression furieuse et volontaire de leur douleur infinie les conduit à une élévation salutaire : niés, aliénés, sacrifiés, ils sortent finalement vainqueurs de cette lutte.

Le cinéaste joue habilement du parallèle entre ces conflits internes (ou affectifs, relationnels et existentiels) et ceux externes (ou politiques). Ou comment un homme politique assoit son pouvoir sur la négation de « l’évidence », comme celle de « Dieu » pour la majorité du peuple italien d’alors. Pour ensuite utiliser la religion si fédératrice et lui subtiliser son icône : Mussolini se pose en père tout-puissant et fascinant, à l’image du dieu protecteur.

Bellocchio réalise ici un film dense, où s’insinue en filigrane une indéniable poésie visuelle.