Mary et Max
Mary and Max

Film australien de David Elliot

Avec Films d animation

Sortie le 30-09-2009
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h32

 
 
   

Frénésie vs poésie

A l’heure où l’animation tendance PIXAR nous stupéfie par ses progrès constants dans perfection graphique et la maîtrise de la 3D notamment, il n’est pas déplaisant de voir se maintenir des films tournés patiemment « à l’ancienne », image (argentique) par image (argentique), où les personnages, déplacés par les mains invisibles d’artisans patients et poètes, évoluent dans des décors en carton. Cet automne, dans cette catégorie archéologique, deux intéressants films d’animation nous sont proposés.

 Tournant le dos et à l’outil informatique et même à la pâte à modeler, Vincent Patar et Stéphane Aubier, les réalisateurs belges de Panique au Village, vont très loin dans la hardiesse : les divers héros (d’échelle différente) de leur film restent posés sur des socles apparents – comme des soldats de plomb – et agitent  rarement leurs membres. A l’origine, il s’agissait d’une série de courts-métrages de cinq minutes destinés à la télévision, ce qui pouvait justifier, faute de temps et de moyens, l’aspect « mal léché » des différents personnages, tendance que les réalisateurs reconnaissent volontiers et revendiquent. La série ayant connu un grand succès, ils sont courageusement passés au long-métrage en Cinémascope, avec un casting vocal d’acteurs talentueux et une bande sonore très travaillée, tout en conservant le principe d’une animation rudimentaire. Après quelques minutes de surprise, on finit par admettre ce nouveau genre qu’on pourrait nommer film d’inanimation. Il faut préciser que le centre d’intérêt se déplace assez vite vers le décryptage d’un scénario frénétique qui exige une grande attention tant il est étrange, surréel, d’un humour imprévisible, bref : belge. Le temps qu’ils ne perdent pas à animer les personnages, les réalisateurs le consacrent à édifier de somptueux décors, allant des vues sous-marines de l’Atlantide, aux neiges de la banquise, en passant par le centre de la Terre.

Aux antipodes de cette production survoltée, se trouve l’australien (évidemment) Mary et Max de David Elliot. Son film se situe également hors de la galaxie PIXAR mais renouvelle avec un grand talent l’animation traditionnelle de la pâte à modeler par la fluidité d’une réalisation aux subtils mouvements de caméra et, surtout, par l’étrange scénario épistolaire qui met en relation une petite fille australienne plutôt moche et un vieux juif new-yorkais, obèse et handicapé mental. On oublie vite l’aspect caricatural des personnages de cette histoire d’amour impossible et on se laisse entraîner par ce petit chef d’oeuvre paisible et émouvant servi, lui aussi, par les voix de grands acteurs. Inutile de départager les deux ½uvres par une note, la patience infinie qu’exige la technique de l’animation force le respect devant le travail accompli. Seul point commun entre ces deux films : ils ne semblent guère destinés à un public d’enfants, preuve que le film d’animation est devenu adulte.