Public enemies
2009-08-05

Film américain de Michael Mann

Avec Johnny Depp

 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2H10

 
 
   

Angliche spoken

Avant d’évoquer le film, je ne peux que regretter, une fois de plus, le snobisme pervers des distributeurs qui croient que Duplicity sonne mieux que Duplicité et que Public Enemies séduira plus les spectateurs que Ennemis Publics. J’imagine surtout les malheureux gamins qui apprennent péniblement l’orthographe et vont mémoriser ce titre faux ami qui accrédite 4 fautes de français en deux mots. Pauvres professeurs… Par contre, Whatever Works ne soulève pas de problème : on ne propose aucune équivalence de cette locution qui pourrait éclairer le public non anglophone (s’il en reste). Enfin, revenons à Public Enemies

Les producteurs ont dû penser que dans la crise financière que nous traversons, John Dillinger, célèbre gangster qui braquait les banques et les banquiers lors de la grande dépression des années trente – en épargnant les malheureux clients ruinés - ne pourrait s’attirer que la sympathie du public. De façon récurrente, nous voyons ainsi les arrière-petits-enfants de Robin des Bois hanter régulièrement les écrans. Il est vrai qu’avec ces ennemis publics « populaires », nous sommes loin des monstrueux Scarface, Mesrine, ou des maffieux sadiques qu’affectionne tant Scorsese

Que manque-t-il alors à Public Enemies pour égaler la séduction de ces différents films évoqués ? Certainement pas les moyens, ni une réalisation classique dans son efficacité, mais un scénario inventif qui nous fascinerait et entraînerait ce héros peu commun dans des péripéties renouvelées et inattendues. Cet espoir est vite déçu. Durant plus de deux heures nous assistons aux mêmes scènes montées en boucle : l’attaque d’une banque, l’intervention de la police, la fuite des gangsters qui mitraillent (abondamment) leurs poursuivants, l’arrestation, l’incarcération puis une évasion miraculeuse de Dillinger qui ressort pour attaquer une autre banque etc. jusqu’à ce qu’une dernière embuscade mette enfin un terme à ce récit répétitif. Il faut dire que Johnny Depp, sorti du personnage lunaire dans lequel il excelle habituellement, ne fait rien pour rendre crédible son goût supposé des armes à feu : il paraît s’ennuyer encore plus que le spectateur, fâcheuse caractéristique pour un héros populaire. Ce spleen permanent envahit même une maigre vie sentimentale esquissée et dépourvue d’intérêt. Le couple mollasson qu’il forme avec Marion Cotillard n’est certainement pas le modèle qui va inspirer, à la même époque, Bonny and Clyde qui étaient, eux, deux dingues dangereux et cinématographiques: Dillinger serait plutôt de la tendance popote comme Jesse James, le bandit bien-aimé qui tentait de mener une vie de famille presque normale entre deux attaques de train. Mais Brad Pitt était parvenu à enrichir jusqu’à la fin un personnage imprévisible et inquiétant, fort éloigné du dandysme qui caractérise l’interprétation intello proposée par Johnny Depp pour incarner un tueur.