Tokyo Sonata

Film hong-kongais de Kiyoshi Kurosawa

Avec Teruyuki Kagawa, Haruka Igawa, Kai Inowaki, Kyôko Koizumi, Koji Yakusho

Sortie le 25-03-2009
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h59

 
 
   

Après s’être longuement consacré au thriller (entre autres genres variés), Kurosawa revient avec Tokyo Sonata à ses toutes premières amours. Comme dans les années 70 et 80, où il filmait notamment les conflits générationnels et leurs rapports de force, le cinéaste explore ici la vie quotidienne d’une famille en mal de cohésion, dans le contexte d’un Japon contemporain en crise.

Un père cache à sa famille qu’il vient de perdre son emploi. Son aîné traverse la maison par intermittence, avant de s’engager dans l’armée américaine. Le cadet est en rébellion contre son instituteur et se réfugie secrètement dans des leçons de piano. Leur épouse et mère joue son rôle de femme au foyer avec abnégation. Tous en mal d’eux-mêmes et de leurs proches, ils finiront par vouloir « repartir à zéro ». Et par éprouver, non  sans violence, ce que cela signifie réellement.

Tandis que Tokyo grouille de vie, dans de larges plans que traversent métros et voitures, ou encore des foules d’anonymes qui semblent marcher au pas, pour se rendre au travail ou à l’école, la mère voit ses calmes journées rythmées par les repas qu’elle prépare pour ses deux ou trois « hommes ». Investi par nombre des premières scènes du film, le repas, synonyme d’harmonie familiale, va bientôt disparaître avec la dispersion des personnages. Et la maison, d’abord lieu de réunion, devenir un lieu de passage conflictuel. A mesure que la famille se désagrège, le cinéaste filme les personnages du père et du cadet à l’autre bout de cette vie : dans leurs sphères sociales. Celles-ci explosent ou agressent le petit dernier, comme elles renient et humilient le père de famille. Kurosawa traque le père dans sa quête d’une rédemption professionnelle, et accompagne le fils jusqu’à ses cours de piano. Mais il ne s’appesantit nullement sur ses personnages, alternant portraits sensibles à la moindre émotion et scènes de vie citadine.  Il accule certes le père, afin, sans doute, que se dessine plus sûrement la relève en germe chez le petit dernier. Et la mère n’est pas longtemps en reste. Il va lui arriver quelque chose. Tous « y passent ». Le cinéaste les malmène, afin qu’ils se renouvellent.

Réveillés de leurs cauchemars, ils parviendront peut-être à se « sauver » dans leur renaissance commune. La musique adoucit bien leurs m½urs et propose une alternative aux valeurs de ce père ordinaire qui n’avait foi qu’en l’autorité et la norme. Comprendre à l’aune du personnage de l’instituteur, que la musique bouleverse à sa manière l’hypocrisie générale d’une société qui se démène à la faveur du « paraître comme il faut ». Optimiste, Kurosawa, quand bien même ce talent de pianiste qu’a l’enfant n’est pas un acquis au sein de la famille, mais un don inné, par conséquent plus personnel ou autonome, voire arbitraire…