Séraphine

Film français de Martin Provost

Avec Yolande Moreau, Ulrich Tukur, Anne Bennent

Sortie le 04-03-2009
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 2h05

 
 
   

Ressorti dans quelques salles suite à l’obtention de plusieurs Césars 2009, Séraphine est le très beau portrait d’une brillante artiste-peintre ignorée de son temps. La caméra de Martin Provost nous plonge dans l’univers de cette femme esseulée, en mangeant de son objectif les tableaux de Séraphine avec la gourmandise qu’elle-même nourrit pour la nature.

Car c’est ça dont il s’agit : comment une femme rejetée socialement par les habitants de Senlis, se repaît, quand son âme est en creux (« triste »), de champs, d’arbres et de plantes, de grandes étendues verdoyantes, pour produire de remarquables natures mortes débordant de vie et d’inventivité, puis de grandes fresques qui rendent hommage au lieu de son recueillement et de sa félicité, voire de son « extase ». Le regard du cinéaste sur cette femme pauvre, qui peine à joindre les deux bouts à coup de tâches ménagères, est relayé par celui de Wilhelm Uhde. Collectionneur allemand fasciné par l’½uvre de Séraphine, il sera malheureusement freiné dans ses projets d’exposition par la guerre 14-18, puis la crise de 1929.  Le film suit de près le quotidien où naît leur relation, depuis la timide curiosité jusqu’au respect et à la complicité.
Puis c’est la folie mystique qui s’empare de Séraphine, déstabilisée par cette nouvelle reconnaissance de proximité, ce regard désormais plein d’égards pour elle, cette promesse d’ouverture sur le monde. Elle mourra à l’hôpital psychiatrique de Clermont, méconnue et surtout réduite à l’extrême isolement. Son oeuvre sera exposée peu après sa mort.