Tulpan

Film kazakhe de Sergey Dvortsevoy

Avec Askat Kuchinchirekov, Tulepbergen Baisakalov, Samal Eslyamova

Sortie le 04-03-2009
Prix Un Certain Regard Cannes 2008
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

Steppe tartare

Ce remarquable film, un des meilleurs de la sélection cannoise 2008, a obtenu le Prix Un Certain Regard. Il nous plonge dans la vie d’agriculteurs nomades qui tentent de nourrir leurs chèvres faméliques dans les étendues désertiques du Kazakhstan. A perte de vue, de maigres buissons entourent la yourte qui abrite cette famille que vient retrouver Asa, le fils aîné, de retour du service militaire qu’il a fait… dans la marine russe !

Il tente vainement d’intéresser ses parents aux merveilles sous-marines qu’il a découvertes, mais eux ne pensent qu’à leur troupeau en péril. Ils incitent leur fils à se marier pour pouvoir devenir berger à son tour. Asa a bien des visées sur la belle Tulpan, la fille de la famille la plus voisine, mais elle se cache dès qu’il approche de sa yourte. Motif ? Elle lui trouve des oreilles décollées, comme le Prince Charles. Durant tout le film, Asa ne parviendra jamais – nous non plus - à voir le visage de la jeune fille qui ne montre qu’un oeil derrière les lourds rideaux de la tente, infranchissable burkah.

En réalité, le film décrit les conditions de vie dramatiques de cette population mais il parvient cependant à alimenter le rire grâce à l’humour et au style de l’astucieux Sergey Dvortsevoy qui s’entend à mélanger les genres : l’improbable couple que formerait ce marin kazakh et l’invisible Tulpan constitue l’épine dorsale de ce récit qui frise le drame en permanence sur le ton de la comédie. Ava finit par se lasser du refus permanent de son « élue » et de la vie ingrate qui l’attend dans ces steppes balayées par le vent. Il envisage sérieusement de retourner vers la ville où une autre existence, plus aimable, semble possible.

La qualité majeure de ce film réside dans une admirable mise en images, appuyée sur de longues séquences filmées à la main dans lesquelles le tempo interne ne doit rien au montage : les enfants de trois ans, les divers animaux ou les épineux emportés par la bourrasque interviennent harmonieusement, au bon moment, à l’intérieur de ces plans qui se développent, sans coupes, durant plusieurs minutes, balayant l’espace sur 360° sans découvrir la présence d’une équipe de film au travail. Le plus bel exemple, vers la fin du film, est donné par la difficile mise bas d’une chèvre égarée qu’Ava tente d’aider et que Sergey Dvortsevoy filme implacablement jusqu’à ce que le chevreau jaillisse enfin, après une éternité. Cette naissance inespérée remet Ava sur ses rails : adieu les mirages de la ville, il restera au milieu des siens. Mais que fera finalement l’inaccessible Tulpan ?