Noces rebelles

Film américain de Sam Mendes

Avec Kate Winslet, Leonardo DiCaprio

Sortie le 21-01-2009
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 2h05

 
 
   

Avec Noces rebelles, Sam Mendès aborde un sujet passionnant, avec de
belles interprétations. Mais avec ses procédés hollywoodiens habituels, il
tombe dans les clichés (visuels, sonores) tire-larmes...

Rebelles, pour des jeunes gens des années 50, April et Franck semblent un
peu l'être, lorsqu'ils se rencontrent. Quelques années, un mariage et deux enfants plus tard, ils sont très rangés. Franck flirte avec l'ennui, April désespère de vivre plus intensément. Quand elle lui propose d'abandonner tout leur petit confort, pour aller vivre l'aventure en Europe, Franck accepte. C'est sans compter sur ses réflexes d'occidental raisonnable, "responsable", surtout très flatté par la promesse d'une promotion et d'une hausse de salaire. Rebelle, April, elle, le restera jusqu'au bout.

L'image de Mendès est lisse, tout en équilibres de lumières, de décors  pastels, tirés à quatre épingles. Parfaite pour suggérer l'harmonie à  laquelle la société des années 50 encourage les jeunes ménages. Passée une première heure très longue, parfois insipide, l'image s'assombrit à mesure que l'apparente harmonie se désagrège. Les tensions au sein du couple accélèrent les plans, les mouvements de caméra, noircissent les dialogues. Le conflit est permanent et fait éclater tant l'image d'Epinal du jeune couple idéal (au dire des voisins bien pensants) que le fantasme de  liberté et de réalisation de soi absolues. Mendès joue des allers et retours entre le mari et la femme pour révéler ce qui les oppose, bien au-delà de leur relation personnelle. L'homme doit "assumer" et pour cela, il régit la vie du couple. La femme, elle, en subit l'aliénation. Jusqu'au très classique devoir d'être mère...April rompt avec cette condition, à son corps perdu...

En 2003, au moins deux cinéastes abordaient la question de la condition féminine aux Etats Unis, dans les années 50. Todd Haynes, avec Loin du paradis et plus proche encore du film de Mendès, Sylvia. La réalisatrice Christine Jeffs y évoquait la vie du couple de poètes Sylvia Plath et Ted Hughes. Autres "noces rebelles" où se jouaient les enjeux masculin-féminin dans une société réticente à l'émancipation féminine. Phagocytée, Sylvia Plath voyait son oeuvre, pourtant majeure, confinée dans l'ombre de celle de son mari, ce qui la plongeait incessamment dans une aliénation psychique qui la conduisit au suicide. Tragique, donc, la rébellion féminine à cette époque.