Nuit de chien

Film français de Werner Schroeter

Avec Pascal Gréggory, Amira Casar, Bruno Todeschini, Eric Caravaca, Nathalie Delon, Marc Barbé, Jean-François Stévenin, Bulle Ogier, Sami Frey

Sortie le 07-01-2009
En compétition à la Mostra de Venise 2008
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 2h

 
 
   

Avec Nuit de chien, le cinéaste allemand Werner Schroeter signe une brillante composition, mais qui pêche presque par son excès d’intentions, tant stylistiques que narratives.

Cette fable contemporaine retrace la dernière nuit d’Ossorio, un résistant traqué – comme un chien dangereux - dans Santa Maria, une ville en proie à une guerre civile. Il est en quête des siens, compagnons d’armes et femme aimée. Mais dans le chaos qui secoue la cité, il est confronté aux morts qui l’éloignent de son passé et le rapprochent de sa propre fin.

Schroeter opte pour l’universel, avec un lieu et un temps indéfinissables qui lui permettent de créer une synthèse de l’hier et du demain, de l’ici et du partout.

Film-somme en ce qu’il rassemble nombre de problématiques dans une esthétique plurielle, Nuit de chien n’est pas toujours à la hauteur de son ambition. Hésitant entre dramaturgie théâtrale et spontanéité anodine du quotidien, la mise en scène et le jeu des acteurs se perdent dans le dédale de personnages et de situations pourtant passionnants. Marins stylisés, prostituées aux allures de Pieta, militaires “désarmés” et civils affolés, jusqu’à l’Enfant sacrée, autant d’éléments lourdement chargés de sens, qui jalonnent une vaine quête de salut. Sorte de Passion où passe, trépasse tout un chacun en temps de débâcle, lorsqu’il ne s’agit plus que de sauver sa peau, avant de succomber.

Ossorio, héros déchu, résume à lui seul la fameuse Sehnsucht allemande qui inspire Schroeter: sa quête est nourrie de désir et de tristesse, elle comprend son élan et sa chute. Les amis d’autrefois sont des traîtres aujourd’hui. La promesse de l’amour, comme celle de la liberté, se résolvent dans la mort et son acceptation. Cette dynamique est aussi celle de l’utopie, ou l’impossible salut d’une société malade, gangrenée par la violence…qu’elle soit nazie, fasciste par exemple et rêve justement de maîtrise et d’éternité.

Les couleurs complémentaires qui déchirent cette nuit noire évoquent certains films de Fassbinder, tout comme la peinture de cette société au faîte de sa décadence renvoie parfois à la cinématographie d’un Visconti. Drame baroque, fable politique, Nuit de chien intrigue par son voeu de complexité; qu’il plaise ou déplaise, il impose en tout cas une  puissante vision.