35 Rhums

Film français de Claire Denis

Avec Alex Descas, Mati Diop, Grégoire Colin, Nicole Dogué

Sortie le 18-02-2009
Mostra de Venise 2008, hors compétition
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h40

 
 
   

Sur la route du rhum

Quatre ans après L’intrus, Claire Denis poursuit son itinéraire singulier à travers le cinéma français avec une nouvelle variation sur le métissage et la double culture, dans ses manifestations à la fois identitaires et sociales. Un film tout en nuances et en clairs-obscurs, qui offre un regard inédit sur la banlieue parisienne.

Dans 35 rhums, c’est le destin de Lionel, conducteur de RER veuf et de sa fille unique Joséphine, que Claire Denis explore. Le destin, ou plutôt le passage, d’une vie à une autre – ou le retour, à une certaine conception de la vie : celle du voyage, des rencontres, des mélanges. Fils rouges de cette quête initiatique : une légende, celle des 35 rhums, qu’on boit pour célébrer une félicité retrouvée ; et une métaphore, intarissable, celle du train.

Une métaphore cinématographiquement très riche, qui permet aussi bien d’intenses plans-séquences au fil des rails du RER francilien, filmé comme rarement, que la correspondance, attendue mais non moins féconde, entre le voyage et la vie : des magnifiques plans de coupe nocturnes du train-maison, où les hommes ne stagnent pas comme en un refuge inhibant mais avancent, rencontrent, créent leur chance (si bien que renoncer au train, c’est parfois renoncer à la vie), à la virée finale en minibus qui ouvre les perspectives, recule l’horizon, découvre les trésors cachés que l’on portait en soi, Claire Denis déchire peu à peu le voile de la banalité pour nous transporter là où l’on n’imaginait pas.

Si le maniérisme de la réalisatrice française contredit parfois ses velléités naturalistes, allant jusqu’à faire sonner faux certaines scènes (le débat politique entre étudiants notamment), Claire Denis n’en filme pas moins la banlieue parisienne avec une humanité rare, sans préjugés ni prosélytisme, mais toujours avec mélancolie et douceur. Un film tout en suspens, en non-dits, en regards et en frôlements, qui à l’image de ses héros s’épanouit peu à peu jusqu’à nous empreindre définitivement de sa grâce.