Two Lovers

Film américain de James Gray

Avec Joachim Phoenix, Gwyneth Paltrow, Vinessa Show

Sortie le 19-11-2008
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h50

 
 
   

Trois amours

S’il a bien deux amours, Léonard, le nouvel héros de James Gray compose avec ses deux amantes un trio où l’amour circule, traçant un cercle vertueux. A travers ce portrait, James Gray offre un rôle (dommage que ce soit le dernier, décidément) magistral à Joachim Phoenix qui lui, offre sa maturité physique comme celle de son jeu, à un être aussi attachant que fragile, qui se cherche et revient au monde.

Passion et raison vont déchirer ce type d’abord hagard, enfoui au fond de lui-même, flirtant avec le suicide depuis longtemps, surtout. Survient une jeune femme séduisante. Rencontre arrangée. Puis une seconde. Surgie de nulle part… Et si les dés sont jetés dès les premières séquences, où l’on apprend que Léonard est malade - ou bipolaire -, le film dépasse la simple oscillation entre l’amour raisonnable presque pragmatique et celui romantique, presque fou. Le cinéaste filme un être entier dans ses élans et dans ses contradictions. Il utilise à bon escient l’incarnation dans le réel de l’hésitation de la psyché à revivre et à assumer, comme pour mieux affirmer la puissance constructrice de l’émotion amoureuse. D’étranger à lui-même, de coupé en deux, ce trentenaire finit par se loger entièrement dans un corps autonome, loin des parents qui le nourrissent et le protègent.

Inspiré, donc ce nouvel opus, où l’illusion et la réalité s’affrontent. Elles y trouvent de jolies incarnations et d’astucieuses trouvailles scénaristiques ou visuelles. Car cette fille de l’autre côté de la fenêtre pourrait tout aussi bien être un fantasme aperçu dans les nuées, à travers les vitres…

L’ensemble des interprétations a une saveur naturaliste. Les acteurs s’effacent derrière leurs personnages. Tout semble voler vers l’autonomie. Mais pas de liberté absolue qui ne soit pas traître…