Mensonges d'Etat
Body of Lies

Film américain de Ridley Scott

Avec Leonardo di Caprio, Russell Crowe, Mark Strong, Golshifteh Farahani, Oscar Isaac, Simon McBurney

Sortie le 05-11-2008
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h08

 
 
   

Des tas de mensonges

Pratiquement tous les participants à ce film ont été honorés d’un ou plusieurs Oscars, ce qui permet d’apprécier sur quels critères les professionnels américains jugent leur cinéma. Il est incontestable que, du monteur aux interprètes, toute l’équipe du film excelle dans sa spécialité. La qualité technique du spectacle est stupéfiante comme souvent chez Ridley Scott, mais cette maîtrise aboutit à un résultat qui tient plus du jeu vidéo que d’un conflit humain qui pourrait nous émouvoir.

Comment éprouver la moindre empathie pour ces personnages issus de l’univers du cartoon qui se mitraillent sur l’écran, cicatrisent et ressuscitent afin d’enchaîner sur la séquence suivante ? Comment s’intéresser à ces scénarios puérils qui voudraient donner un visage au fameux « Axe du Mal » qui serait le seul responsable des conflits actuels ? C’était certes plus facile du temps des Allemands bestiaux et des Japonais simiesques. La paix revenue, la guerre froide contre les Russes est arrivée à temps pour regonfler l’imagination épuisée des scénaristes hollywoodiens. Hélas, avec la chute du mur de Berlin, plus d’ennemis slaves à combattre dans des scripts débiles. Que raconter désormais ?

Heureusement pour les scénaristes en panne, le 11 septembre est survenu et a relancé l'inspiration (et les usines d’armement). Comparée au danger que représentaient les armées allemandes, japonaises ou russes, la faiblesse militaire de l’Axe du Mal est si patente qu’Hollywood en est réduit à faire des castings avec les gueules les plus patibulaires de la planète pour incarner le monde arabe. Leonardo di Caprio a beau tripoter ses Ray-Bans et Russell Crowe ses demi-lunes de presbyte en imitant Gérard Depardieu, rien n’y fait : leurs efforts restent vains pour renouveler le film d’aventures et donner de l’intérêt à ce scénario confus. Malgré l’intervention de tous les gadgets électroniques de la NASA et de la FNAC, qui pourrait croire qu’un espion du XXIème siècle soit cette sorte de robot uniquement briefé par téléphone mobile ? Autre élément troublant : toutes ces péripéties se déroulent dans la plupart des pays du Proche-Orient à l’exception d’un seul : l’état d’Israël qui n’est jamais cité, quoique quelque peu concerné par ce conflit sexagénaire.

Si vous voulez voir une approche plus humaine et plus généreuse de la relation entre Américains et Arabes, allez plutôt apprécier The Visitor de Thomas McCarthy. Vous y verrez que tout espoir n’est peut-être pas perdu.