Quatre nuits avec Anna
Cztery Noce Z Anna

Film polonais de Jerzy Skolimowski
scénario de Jerzy Skolimowski

Avec Artur Steranko, Kinga Preis, Redbad Klynstra

Sortie le 05-11-2008
Sélection dans de multiples festivals mondiaux
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h27

 
 
   

Le Retour

Quinze ans après son dernier film, Ferdydurke, d’après le roman de Gombrovitz, Jerzy Skolomoski est de retour sur nos écrans. Ce pluriel est peut-être abusif, car il semble qu’une seule salle du Quartier Latin projette son admirable Quatre Nuits avec Anna, qui était un des meilleurs films de la Quinzaine des Réalisateurs 2008. Il est vrai que les places sont chères pour se glisser cette semaine entre les tirs échangés entre Mesrine et James Bond. Ce brillant cinéaste polonais est issu de l’Ecole de Cinéma de Lódź où il rencontra Polanski pour lequel il écrivit son premier film, Le Couteau dans l’Eau. Comme de nombreux jeunes réalisateurs d’Europe Centrale à cette époque, il quitta son pays au milieu des années soixante et s’établit en Angleterre où il continua à réaliser des films acides, énergiques et contestant notre société, alors que ses amis Polanski et Forman succombaient progressivement aux sirènes hollywoodiennes. Après l’échec de Ferdydurke, Skolimowski abandonna le cinéma, s’établit en Californie et se consacra à la peinture et la poésie.

Ce réalisateur nous revient à plus de 70 ans, n’ayant rien perdu de sa « patte » vigoureuse, avec ce film presque muet, retrouvant avec aisance toutes les qualités d’un récit cinématographique qui doit tout à l’image, peu aux dialogues et rien aux effets spéciaux. Il nous raconte, « de l’intérieur », la trajectoire d’un être frustre que le destin ne va guère épargner. Je ne dévoilerai rien de la relation que cet homme va établir avec Anna pour laisser aux spectateurs le plaisir de découvrir avec quel talent Skolimowski assemble ses séquences pour nous conter ce drame qui se déroule dans un petit village glauque, sous un ciel tourmenté où s’ébattent des corbeaux et où les draps ont du mal à sécher sous les ondées. Seule réserve dans ces louanges : une déconcertante musique concertante qui souligne l’action d’une façon désuète et, surtout, inutile.