Sur le bout des doigts

Film français de Yves Angelo

Avec Marina Hands, Anne-Sophie Latour

Sortie le 12-06-2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h25

 
 
   

Yves Angelo est un excellent chef-opérateur (Nocturne indien, Tous les Matins du Monde, Un Coeur en Hiver, Germinal, … entre autres) qui est passé à la mise en scène avec des fortunes diverses, " le Colonel Chabert " étant, pour l’instant, le film ayant reçu le meilleur accueil.

Sa caractéristique, rare, est d’avoir envisagé une carrière de pianiste concertiste avant de choisir définitivement (?) la prise de vue. On peut considérer son dernier film, qui relate les relations entre une jeune musicienne très douée et sa mère, professeur de piano beaucoup moins favorisée, comme son œuvre la plus personnelle puisqu’il s’agit d’un scénario original, visiblement nourri par son expérience de musicien.

Malheureusement, son récit est alourdi par la recherche de toutes les clés censées éclairer les rapports ambigus qui unissent la mère et la fille : naissance fragile d’un bébé prématuré, éloignement du père, jalousie artistique, etc… (Comme quoi, au cinéma, il n’est pas bon d’être pianiste, ni Haneke ni Polanski ne me contrediront !) Cependant, il semble que toutes ces névroses ne frappent que la mère, alors que la fille, imprégnée par son art, traverse les épreuves avec une sérénité qui frise l’indifférence.

De plus, une construction confuse de flashes-back juxtaposés mêle sans cesse le présent et le passé, sans que les acteurs accusent la moindre différence d’âge, à l’exception de la jeune musicienne que l’on distingue assez facilement de la prématurée qu’elle était, puisqu’elle ne joue pas encore du Bach dans le service de pédiatrie.

Je regrette d’autant plus les complications de ce scénario, que la beauté des images, la sèche rigueur du traitement des scènes et, bien sûr, les superbes extraits musicaux qui jalonnent le récit sont des atouts qui devraient soutenir la carrière de ce film. Novice mais remarquable dans la comédie, la jeune Anne-Sophie Latour est, évidemment, une excellente pianiste. Cependant, afin d’accentuer de façon flagrante la différence d’exécution qui distingue la médiocre mère de sa fille surdouée, Yves Angelo a fait enregistrer le play-back des morceaux qu’elle interprète par Philippe Cassard, dont la virtuosité souligne clairement le fossé qui sépare les deux femmes. Comme toujours, dans les films qui prennent appui sur la musique, on regrette la brièveté obligée des emprunts. (Mais si on se sent trop frustré, il reste la solution du vrai concert ou l’écoute de sa discothèque.)

Mais finalement, les atouts l’emportent sur les quelques réserves qui ne doivent pas vous détourner de ce film intéressant.