Marie-Jo et ses deux amours

Film français de Robert Guédiguian

Avec A. Ascaride, J.-P. Daroussin, G. Meylan, J.-M. Parmentier

Sélection officielle festival de Cannes 2002
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h04

 
 
   

Je suis perplexe devant Marie-Jo, car je n’adhère pas beaucoup au film, mais j’ai des scrupules vis-à-vis de Robert Guédiguian qui poursuit son œuvre marseillaise, incarnée par sa fidèle troupe d’acteurs.
Comment ne pas soutenir cette entreprise rare qui permet d’échapper à l’impérialisme parisien ou cosmopolite et qui nous propose une autre réalité française trop souvent absente de nos écrans ?

A part l’exception Pagnol qui nous hante, les tentatives de cinéma provincial sont pratiquement inexistantes puisque le centralisme a agglutiné l’industrie cinématographique dans la région parisienne où sont réunis les plateaux, les laboratoires, les sites de post-production... et les comédiens. L’idée d’un Hollywood français situé à Nice est vieille comme le Cinéma, mais les Studios de la Victorine ont toujours vivoté, car les Productions ne pouvaient s’installer durablement si loin, alors que bon nombre d’acteurs jouaient le soir dans les théâtres parisiens.

Jacques Demy, André Téchiné ou Manuel Poirier ont souvent situé leurs films en province, mais aucun n’a ancré aussi exclusivement son œuvre dans une seule ville comme le fait Guédiguian pour Marseille, entouré des mêmes comédiens d’un film à l’autre. La troupe d’acteurs et la production locale de Marcel Pagnol étaient exceptionnelles, mais son talent d’auteur dramatique aussi. Ce n’est, malheureusement, pas le cas de Robert Guédiguian dont le scénario est souvent le point faible. Il y a des films inspirés comme À la Vie à la Mort, Marius et Jeannette ou La Ville est tranquille et il y a les autres où l’histoire est petite, toute petite et où le film s’étire, s’étire… Marie-Jo appartient plutôt à cette catégorie. Cette dame qui ne peut choisir entre son mari et son amant durant deux heures finit par nous lasser. De plus, on devrait interdire l’usage du téléphone portable, non seulement aux spectateurs, mais également aux acteurs, car son emploi abusif souligne les paresses d’un scénario chétif.

Bizarrement, les retrouvailles avec les comédiens habituels de la troupe suscitent, pour une fois, un malaise qui enlève de la crédibilité au réalisme que recherche Guédiguian. Selon les films, le chômeur devient dealer ou pilote du port, le chauffeur de taxi se transforme en maçon et la fille morte d’une overdose ressuscite miraculeusement, pétante de santé. Le talent des acteurs n’est pas en cause mais, les films s’accumulant, je pense que des inconnus, renouvelés pour chaque film, serviraient mieux le projet du réalisateur en nous faisant croire à l’authenticité de leurs personnages et de leurs conflits.

Reste le cas Ariane Ascaride. Je suis toujours touché par le lien qui existe entre un metteur en scène amoureux et son actrice : les exemples abondent dans l’histoire du cinéma. Au début, j’ai été séduit par la découverte de cette noiraude atypique qui tranchait avec les conventions du glamour. A présent, je suis de plus en plus gêné par le terrain qu’elle occupe, la caméra qu’elle accapare, l’étalement de tout son arsenal, du rire aux larmes, l’ombre qu’elle finit par porter aux autres comédiens, la sensation que tout cela vise à décrocher un Prix d’Interprétation permanent.

Ces réserves ne veulent pas condamner le parcours d’un réalisateur qui mérite amplement d’être soutenu, mais tentent de souligner les limites d’une entreprise qui devrait trouver un second souffle en sortant des rails de la redite qui commence à la menacer.