Yvette, bon dieu !

Film français de Sylvestre Chatenay

Avec Yvette, Camille, René, Renée Trion

Sortie le 02-07-2008
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h29

 
 
   

La vie aux champs

Venu de la photographie, Sylvestre Chatenay s’intéresse à une forme de vie rurale traditionnelle qui est en voie de disparition depuis une cinquantaine d’années : la polyculture et l’élevage dans les fermes familiales. La mécanisation, le remembrement et la culture intensive ont fait disparaître progressivement ce type d’exploitation qui vivait en autosuffisance. Il s’est donc discrètement infiltré dans la vie de ses voisins, fermiers en Touraine, et les a filmé en ethnographe pendant deux ans.

Projet assez exceptionnel, car les cinéastes s’intéressent en général aux poursuites en voitures dans les rues des villes, plutôt qu’à la vie rurale, réputée dépourvue de rythme (à part celui des saisons, bien sûr.) Il suffit de voir Yvette arpenter d’un pas vif, durant toute la journée, durant toute l’année, les divers lieux où s’exerce son infatigable activité pour voir combien il s’agit d’une idée reçue. Son frère n’est pas en reste dans ce ballet quotidien où on trait les vaches, tue le cochon, forge une pièce, plume la poule, dépiaute le lapin, fait le boudin, laboure les champs depuis l’aube pour assurer finalement, au crépuscule, qu’être ouvrier à la ville, « c’est pas une vie… »

Yvette, bon dieu ! ne s’apparente donc pas aux « films paysans » connus comme Goupi Mains Rouges, Jeux Interdits ou, plus récemment, Le Temps des Porte-plume et où des acteurs professionnels (et parisiens) tentent d’imiter ce qu’ils pensent être le comportement fruste des gens de la terre. La seule filiation possible serait le Farrebique (1947), de Georges Rouquier, long documentaire non scénarisé qui dépeignait la vie quotidienne de paysans authentiques et qui avait obtenu un grand succès public. Souhaitons le même sort à Yvette et aux siens mais, de nos jours, il semble évident que le meilleur support d’un tel film devrait être une chaîne de télévision de qualité, à une heure de grande écoute. On ne peut qu’être ému en voyant disparaître ainsi une forme de vie qui a été indispensable au développement de l’humanité.