Valse avec Bachir
Waltz with Bachir

Film israëlien de Ari Folman
Film d'animation

Avec Ari Folman, Ron Ben-Yishai, Shmuel Frenkel, Ronny Dayag, Zahava Solomon, Ori Sivan

Sortie le 25-06-2008
Festival de Cannes 2008, Compétition officielle
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h28

 
 
   

Le temps d’une valse

Valse avec Bachir est sans conteste le film qui a fait le plus parler de lui sur la Croisette. On le faisait figurer parmi les candidats les plus sérieux pour la Palme d’or 2008, mais le « documentaire d’animation » du cinéaste israélien Ari Folman, jusqu’alors inconnu en France, a été coiffé au poteau par l’autre docu-fiction de la Compétition officielle, celui de Laurent Cantet. A défaut, certes, d’être tout à fait éblouissant, Valse avec Bachir n’en reste pas moins un objet cinématographique inventif et pénétrant.

Inquiet de ne pouvoir se remémorer les « hauts faits » d’une guerre dans laquelle il a pourtant servi, Ari, metteur en scène israélien, décide d’enquêter auprès de ses anciens camarades de régiment. Resurgissent alors les éléments d’un puzzle qui se reconstitue à mesure des rencontres et des témoignages.

Investigation psychanalytique sur un traumatisme enfoui dans les tréfonds d’une mémoire individuelle et collective, Valse avec Bachir surprend d’emblée par le principe narratif adopté par son auteur pour traiter de la première guerre du Liban et de son épisode le plus honteux et tragique, le massacre des réfugiés palestiniens des camps de Sabra et Chatila en 1982. Parti pris d’autant plus audacieux que les entretiens, réels, réalisés pour le film sont réinscrits dans une fiction d’animation qui joue avec grande subtilité sur les principes de distanciation, de dissociation et de reconstruction qui régissent le travail de l’inconscient.

Film thérapeutique, donc, Valse avec Bachir est une interrogation brillante sur les ressorts de l’imaginaire, le lien entre mémoire et histoire, réalité et fiction. On sera plus ou moins charmé par l’esthétique de l’animation, qui peine à trouver son équilibre (et, partant, son rythme) entre l’abstraction figurale et le dessin d’ambiance, on se lassera peut-être des artifices musicaux qui, en permanence, réinjectent de l’affect dans l’enchaînement plus ou moins fluide des témoignages animés, mais on ne restera pas de marbre devant la très belle scène hallucinatoire autour de laquelle s’articule le film – encore moins devant la conclusion, saisissante, de ce film audacieux à plus d’un titre.

Intelligent, créatif, politiquement et historiquement marquant, Valse avec Bachir manque peut-être parfois de souffle. Mais la valse vaut qu’on y entre et qu’on se laisse étourdir.