Monsieur Morimoto

Film français de Nicola Sornaga

Avec Morimoto Kenishi, Eve Gollac, Vicky, Lola Gonzales, André S.Labarthe

Compétition Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2008
 
   

Par Elise Heymes

 
 
   

Pari poétique

Avec Le Dernier des Immobiles, sorti en 2004, Nicola Sornaga transformait une déroute en quête du sublime. Parti filmer un poète immobile, il était revenu riche d’une épopée burlesque, imprégnée de ce qu’il appelle la « poésie anonyme et gratuite ». Avec Monsieur Morimoto, le cinéaste réitère de façon inspirée son expérience poétique.

C’est à travers le portrait d’un être mobile cette fois, mais en apparence confiné dans son étrangeté que Nicola Sornaga signe un film qui est à l’image de son statut de version non définitive: de la poésie en train de se faire.
Monsieur Morimoto, est, dans la vraie vie, un japonais à la retraite qui réalise son rêve : vivre la bohème parisienne à la façon des peintres parnassiens. Devant la caméra de Sornaga, il devient un (anti)héros de cinéma : un artiste qui perd son oeuvre, en même temps qu’il trouve l’amour. Gracile et la démarche hésitante, Monsieur Morimoto part à la recherche de son tableau et de son amour, mais il ne parle pas le français. Il n’a donc que le langage de son corps et le chemin hasardeux qui le conduit à travers Paris pour nous transporter. Et c’est en cela qu’il est comparable aux marionnettes du film : Sornaga provoque les hasards des rencontres comme l’on manie les mots et fonde son film sur des associations poétiques. Ce poète vagabond lui permet de nous donner à voir le Paris de Belleville tel que le cinéaste le connaît et le v(o)it. Un Paris de rêveurs absolus qui parlent, existent comme l’on créé, qu’ils soient conscients de leur pouvoir créateur ou simples poètes involontaires, malgré eux. Exercice périlleux que ce film tourné à coups de failles, de détours, d’imprévus et de manques. Pari réussi puisqu’il transcende la réalité de la capitale dans son ensemble, où la perte n’entraîne pas forcément l’invention, ni la solitude le lien et la mélancolie le sourire. Toutes trois entraînent le cinéaste dans les méandres des scenarii possibles : il lui faut découvrir et inventer, faire des choix. Pour cela, agir comme Monsieur Morimoto et les gens qu’il rencontre: avancer – vers l’autre - sans jamais renoncer. Ce second film rend hommage, avec bonheur, à la vie de l’artiste et à aux artistes de la vie…