Liverpool

Film argentin de Lisandro Alonso

Avec Juan Fernandez, Giselle Irrazabal, Nieves Cabrera

Sortie le 18-06-2008
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h24

 
 
   

Comment faire un (presque) long métrage

Farrel demande au commandant du cargo sur lequel il travaille l’autorisation de quitter le bord, lorsque le navire accostera à Ushuaia, afin de savoir si sa mère vit encore. Arrivé au hameau enneigé de son enfance, Farrel découvre que sa mère vit toujours et qu’une jeune fille inconnue fait aussi partie de la famille…

Cette histoire en vaut bien d’autres, mais comment en tirer 90 minutes ?

Il suffit de filmer en temps quasi réel :
- … le cargo qui accoste dans le port d’Ushuaia…
- … les manoeuvres d’amarrage…
- … Farrell qui prépare soigneusement sa valise et quitte le bord…
- … traverse longuement le port dans la nuit glacée…
- … mastique soigneusement un dîner solitaire…
- … le cheminement difficile du camion qui l’a pris en stop sur les routes enneigées… (Pour cette séquence, Lisandro Alonso applique la méthode Kiarostami : 20 secondes de champ vide, apparition du camion à l’horizon, lente traversée du paysage, 20 secondes de champ vide, etc.)
- … le déjeuner solitaire de Farrell, enfin arrivé dans son hameau du bout du monde. Il va aux renseignements.

Avec un tel prologue, nous atteignons 55 minutes de projection quand commencent les premières scènes dialoguées. Malgré cet exploit, Lisandro Alonso peine à alimenter les 35 minutes encore nécessaires et s’arrête sagement à 1h24, lorsque son héros reprend la route d’Ushuaia. (Rendons justice à Alonso : il aurait pu nous infliger le retour de Farrell jusqu’au port et dépasser ainsi les deux heures.) On peut en déduire qu’une demi-heure aurait suffi pour traiter ce scénario et faire un court-métrage intrigant qui n’aurait eu que le hameau comme décor. On se trouve d’autant plus déconcerté par ce film que son réalisateur avait présenté en 2004 un remarquable Los Muertos qui jouait également sur la perception de la durée mais nous tenait en haleine durant une interminable petite heure et quart de projection, chaque plan étant porteur d’une lourde angoisse dont nous sommes loin cette fois-ci.

Quant au titre, pourquoi Liverpool ? Si vous êtes encore dans la salle et éveillé, regardez bien attentivement le cadeau mystérieux que manipule la jeune fille dans le dernier plan.