Metropolis

Film japonais de Rintaro
Scénario : Katsuhiro Otomo

Sortie le 05-06-2002
 
   

Par Laurent Tessier


Durée: 1h47

 
 
   

À Metropolis, mégapole futuriste, les humains cohabitent avec les robots et les hommes se répartissent par niveaux : les élites de la société en haut des gratte-ciel, les pauvres et les robots condamnés à une vie souterraine.

Le détective Shunsaku Ban et son jeune assistant Kenichi y recherchent le docteur Laughton, un scientifique trafiquant d’organes humains. Or ce dernier vient de mettre la dernière touche à sa plus belle création : Tima, une adorable fillette androïde commandée par les maîtres de la ville pour trôner au sommet de Ziggurat, la plus haute tour de Metropolis. Mais le jeune Kenichi et la jolie Tima se rebellent et tentent de prendre en main leur destin...

Après avoir déjà adapté au petit écran Astroboy (Astro le petit robot), un des mangas de son " maître " Tezuka, Rintaro (notamment auteur d’Albator) se lance dans l’adaptation animée d’un autre manga culte de Tezuka : Metropolis. Publié au Japon entre 1947 et 1949, cette bd reprenait les thématiques du film du même nom de Fritz Lang, en les mêlant à d’autres influences. Pour l’aider dans le périlleux exercice qui consiste à compresser une série composée de dizaines d’épisodes et de centaines de pages en moins de deux heures de dessin animé, on retrouve Katsuhiro Otomo, créateur de la célèbre série Akira et de son adaptation. D’emblée, malheureusement, on est obligé de constater que Metropolis souffre justement du même défaut qu’Akira : les deux films sont très beaux, ils sont constitués de scènes " d’action " époustouflantes, mais on a en contrepartie l’impression de regarder un résumé, en accéléré, de tous les meilleurs passages de la série, ce qui pose un certain nombre de problèmes et notamment celui-ci : on n’a absolument pas le temps de s’attacher aux personnages, dont les personnalités seulement esquissées ressortent pour la plupart de manière simpliste et caricaturale (à l’exception notable de Rock, seul caractère plus fouillé, plus ambigu de Metropolis). Cependant, là où Akira présentait un monde personnel et novateur, une intrigue et une philosophie à tiroir (à la limite trop complexe) peuplée de personnages torturés et tortueux, Metropolis se révèle de facture bien plus sommaire.

"Metropolis révolutionne l'art du dessin animé japonais", affirme James Cameron. Tout est dit. Le film s’impose effectivement à coups de prouesses techniques numériques et d’effets grandioses. On a bien l’impression de voir du Titanic, ou plus exactement du A.I. de Spielberg en dessin animé : personnages stéréotypés, intrigue minimale, fin hollywoodienne mielleuse pour la petite larme de rigueur. On lit partout des comparaisons entre les dessins animés de Miyazaki (Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro) et Metropolis, mais il ne faut, à mon avis, pas s’y méprendre. Metropolis ressemble bien plus aux produits mondialisés américains, qui veulent à tout prix gommer toute spécificité culturelle particulière pour mieux s’exporter qu’aux mangas type Miyazaki, si puissamment ancrés dans la culture et les mythes japonais. Car c’est bien l’autre problème de Metropolis : on sent en permanence la volonté de synthétiser le futuriste et le rétro (la musique pseudo années 30 insupportable qui accompagne tout le film), l’occidental et l’oriental, le traditionnel et le moderne etc… afin de ratisser, comme James Cameron, toujours plus large.

Cependant, au-delà de ces objections, il faut bien reconnaître que Metropolis reste un dessin animé puissant, doté d’une animation et de décors ahurissants qui raviront les plus jeunes et ceux qui n’iront pas voir le film en attendant comme moi de voir un nouveau Ghost in the Shell...