Un conte de Noël

Film français de Arnaud Desplechin

Avec Catherine Deneuve, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud, Chiara Mastroianni, Emmanuelle Devos

Sortie le 21-05-2008
Compétition officielle Cannes 2008
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 2h30

 
 
   

Sang pour sang

Après l’immense Rois et Reines, on ne pouvait qu’attendre impatiemment le nouveau long métrage d’Arnaud Desplechin. Et le cinéaste ne déçoit pas : en lice pour la palme d’or cannoise, Un conte de Noël rejoue les dés du cinéma de son auteur pour nous proposer une combinaison puissante et décalée, aux airs de film-somme.

Rien de tel qu’une bonne histoire de famille pour revisiter nos vieux mythes et contes universels. A la sauce Desplechin bien sûr. Il y a Junon, la déesse-mère (Catherine Deneuve) qui peine à aimer et doit se résoudre à dépendre, bien malgré elle, de sa pesante descendance. Il y a Abel (Jean-Paul Roussillon), l’humble et aimant père-charpentier, réincarnation à rebours de Joseph, le fils perdu. Il y a Elizabeth (Anne Consigny), la fille préférée qui passe sa vie à pleurer elle-ne-sait-quoi. Il y a Henri (Mathieu Amalric), l’éternel remplaçant dont on se passerait bien volontiers. Il y a Ivan (Melvil Poupaud), le timide benjamin qui un jour gagna Sylvia (Chiara Mastroianni) aux jeux contre Simon (Laurent Capelluto), le romantique cousin. Il y a enfin Faunia (Emmanuelle Devos), la pièce rapportée dont on aime bien au fond l’indépendance…

Dans ce songe d’une nuit d’hiver qui transpose l’Italie shakespearienne dans un Roubaix magnifié par le mythe, non loin de la Russie tchékovienne, on règle ses comptes et on lave le sang sale en famille. Car c’est à la faveur de la maladie que se réunit de nouveau le petit cercle depuis longtemps relâché. Comme le sang, les liens familiaux se vicient mais peuvent aussi se régénérer. C’est là toute la subtilité de la vie. Et toute la magie d’un conte acide et burlesque, où tous les coups sont permis. Les coups de dés aussi : clin d’oeil au pari pascalien, Un conte de Noël parle avant tout de jeu, d’espérance et de vie – de cinéma, en somme. Desplechin remporte brillamment son pari.