Ulzhan

Film français de Volker Schlöndorff
Une coproduction France-Allemagne-Kazakhstan

Avec Philippe Torreton, Ayanat Ksenbai, David Bennent

Sortie le 23-04-2008
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h45

 
 
   

Au bord du chemin

Aujourd’hui encore paré de l’aura du Tambour pour lequel il reçut la Palme d’or de 1979, Volker Schlöndorff fait son grand retour sur les écrans français avec Ulzhan, un étrange film contemplatif ancré dans les immensités du Kazakhstan. Poétique et intelligent à souhait.

Curieux road movie que cette traversée sans douleur des steppes kazhakes par un taciturne tourangeau prénommé Charles. Philippe Torreton campe avec grande subtilité cet aventurier paradoxal de l’extrême, avare de mots et de passion. Et qui a visiblement décidé de mourir.

Charles aimerait bien faire table rase, mais les steppes ne sont pas aussi rases qu’il croyait. Y poussent encore les ruines de leur tragique Histoire, et les traces verbales d’une civilisation inscrite comme en un palimpseste dans les paysages traversés par le vagabond en quête d’infini – fût-ce sous la forme ultime du néant. C’est sans compter l’humour beckettien de cette nature trompeusement indifférente, qui dépêche au héros un passeur (un marchand de mots) et une muse (une jeune institutrice), histoire de le titiller un peu. Charles préférerait qu’on le laissât seul ; mais la vie le rattrape au bord du chemin.

Même si la grande linéarité du film, l’abstraction de ses personnages, le refus par Charles de l’émotion, plongent le spectateur dans une curieuse ambiance qui risque d’en perdre quelques-uns en route, la splendeur des paysages, les traces de l’Histoire qui y sont distillées, les jolis mots et pensées qui nous sont dispensés, font d’Ulzhan une très belle épopée lyrique, où les aspirations métaphysiques se font rattraper par l’inattendu et la ténacité de la vie.