Un Coeur simple

Film français de Marion Laine

Avec Sandrine Bonnaire, Marina Foïs, Pascal Elbé, Patrick Pineau, Thibault Vinçon, Mélissa Dima, Louise Orry-Diquero, Marthe Guérin

Sortie le 26-03-2008
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h45

 
 
   

Inspiré du conte éponyme de Flaubert, Un c½ur simple retrace le destin d’une femme dévouée jusqu’à l’absolu, que la vie s’acharne à séparer de ceux qu’elle aime. Portrait d’une femme de c½ur donc, que Marion Laine confronte avec insistance à une femme de tête, en la personne de sa maîtresse, Mathilde Aubain. La réalisatrice parvient ainsi à saisir avec une extrême rigueur le cheminement de deux êtres antithétiques face à la souffrance, donnant plus de puissance à son portrait de Félicité…

Félicité, se glisse, comme le suggèrent habilement les ambiances sonores, de la nature indomptée vers la demeure de Mathilde, où résonnent les notes de musique. Engagée au service de cette veuve, mère de deux enfants, Félicité mettra du temps avant de se mouler dans les carcans des convenances qui protègent en apparence sa maîtresse et masquent son chaos intérieur. Mathilde projette sur sa fille la souffrance qu’elle-même ne peut admettre, faisant de l’enfant maladive le réceptacle de sa ranc½ur et de sa mélancolie. L’amour simple que Clémence se voit refuser par sa mère, la fillette va le trouver auprès de Félicité. Et devenir malgré elle, le jouet d’une mère jalouse d’un instinct maternel qu’elle juge inconvenant, d’autant qu’elle-même ne l’a pas vraiment. De l’autre, elle devient davantage que l’être cher : une raison d’être. Plus qu’un duel au féminin, dont l’apaisement ne se trouvera justifié que dans la perte, la réalisatrice nous donne à voir le cheminement de la félicité au deuil, usant de la puissance vitale de son personnage de femme au c½ur brut mais pur, au cri quasi animal pour montrer la vie à l’½uvre. La vitalité contre la souffrance, jusqu’à son épuisement total.
Où comment deux femmes, aussi, se rejoignent dans la douleur, l’une dans l’abdication – elle disparaît de l’écran et meurt dignement loin de nos regards, laissant Félicité seule à l’image, plongée dans une folie sordide.

Marion Laine filme les deux femmes comme un seul et même visage, où l’on lit, à lignes quasi égales, le poids et les marques de leurs afflictions. Sandrine Bonnaire incarne avec force ce rôle presque physique, tant Félicité puise dans ses nerfs, pour survivre à la douleur quand elle ne s’épuise pas à la tâche.

Sorte d’anti-Narcisse, comme dans cette scène où Félicité porte son visage au-dessus de l’eau, non pour s’y mirer, mais pour y plonger sa tête entre chagrin et fureur de vivre, ce personnage de Flaubert se révèle être l’un des plus attachants personnages de cinéma de ces derniers mois.