Muksin

Film malais de Yasmin Ahmad

Avec Sharifah Aryana Rashid, Mohd. bin Naswip, Irwan bin Abidin, Sharifa Aleya Rashid, Adibah binti Mohd. Omar

Sortie le 08-02-2008
Prix spécial du Jury Festival de Berlin
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h34

 
 
   

Bain de fraîcheur

Muksin nous fait retrouver une des qualités que le cinéma moderne a presque perdue : la possibilité de nous faire découvrir comment vivent les autres peuples de cette planète lorsqu’ils ne singent pas les films d’action américains. L’histoire se déroule ici dans une petite ville de Malaisie où une fillette, éduquée comme un garçon manqué, tombe amoureuse d’un jeune voisin qui ne sera pas insensible à ce tendre sentiment.

Promenade à bicyclette et évolutions de cerfs-volants vont rythmer leur idylle enfantine jusqu’à ce que le destin les sépare. Yasmin Ahmad, la réalisatrice, reconnaît puiser dans ses souvenirs pour écrire les histoires qu’elle porte à l’écran et Muksin décrit son premier amour, celui dont on se souvient toute sa vie.

On trouve également dans ce film une description de la famille qui nous fait découvrir une relation parents/enfants loin des conventions traditionnelles, avec un père dont l’activité professionnelle reste vague et qui a mis au point un système d’achat à crédit - avec saisie trimestrielle - qui lui permet d’avoir un mobilier renouvelé en permanence durant quelques années, en multipliant les trimestres par le nombre de magasins de meubles disponibles. Il y a dans ces menues escroqueries et les relations des personnages entre eux, un parfum napolitain qui évoque les comédies italiennes de la bonne époque et donne de la vie quotidienne des Malaisiens une image assez éloignée des clichés touristiques habituels, impression renforcée par l’utilisation de musiques occidentales, classiques ou récentes, qui expriment l’universel sentiment amoureux dans ces paysages tropicaux. Un lied de Schumann souligne cette idylle naissante tandis que, ô surprise, une version malaisienne de « Ne me quitte pas » de Brel viendra accompagner la déchirante séparation finale.

L’ambiance de ce film bon enfant est parfaitement illustrée par l’ultime plan du film, servant de fond au générique : il nous montre l’équipe du film faisant des pitreries autour de la réalisatrice qui chante, imperturbablement, une longue chanson nostalgique jusqu’au clap de fin. Allez donc vous rafraîchir auprès d’un peuple aussi détendu.