Sweeney Todd

Film américain de Tim Burton

Avec Johny Depp, Helena Bonham Carter, Alan Rickman, Jamie Campbell Bower, Jayne Wisener, Laura Michelle Kelly, Ed Sanders

Sortie le 23-01-2008
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h55

 
 
   

Conte gothique

Riche de l’histoire et de l’imaginaire occidentaux, le dernier opus de Tim Burton renouvelle le conte macabre, en chansons. Si l’on y retrouve nombre de ses procédés narratifs et stylistiques, Sweeney Todd assombrit encore davantage la vision du monde propre au cinéaste.

Les yeux des deux nouveaux anti-héros de Tim Burton sont cerclés de noir, à la manière de ceux, expressionnistes, du Docteur Caligari. Johnny Depp endosse son rôle de romantique veuf inconsolé, en chargeant son regard de la mélancolie d’usage. Injustement condamné au bagne par le juge Turpin, qui lui ravit femme et enfant, l’ancien barbier Sweeney Todd, qui est parvenu à s’évader, trouve rapidement à son retour à Londres, en la personne de Mrs Lovett (Helena Bonham Carter), l’alliée qui lui permettra de nourrir sa vengeance. C’est sans compter sur les faux-semblants et les puissances occultes du destin.

C’est dans un vieux Londres sordide évoquant un certain désespoir naturaliste que prennent vie deux personnages que l’amour et la haine vont leurrer. Les décors encadrent à merveille ce conte macabre aux allures de nouvelle fantastique à la Stevenson ; duel dans ses contrastes et ses paradoxes. Le juge Turpin a d’ailleurs quelque chose du Dr Jekyll ou de Mr Hyde dans ses perversions morales et sexuelles. Les enfants, eux, semblent tout droit sortis des romans de Dickens : malmenés par les adultes, ils sont surtout les témoins d’un avilissement qui n’a de pareil que son masque. Satire de l’humaine mascarade, ce film dénonce de façon plus qu’explicite, l’illusion du manichéisme, comme celles de ce bonheur - fait par exemple à l’image de couleurs vives et de lumière - où le vert paradis de l’innocence. Coupables et entachés du mal ; tous ou presque le sont dans Sweeney Todd. A commencer par ceux qui se veulent gens de bien (le juge en pervers corrompu). Et la soif sanguinaire de ces deux monstres humains que sont Todd et Mrs Lovett, conduit les riches clients au purgatoire puis dans l’assiette de leurs concitoyens. Mais si la roue tourne, il n’y aura point de salut ou de repos pour l’homme qui veut se rendre justice. Sweeney Todd paiera pour sa vengeance, pour sa reconversion diabolique. Il y va donc de l’humain fourvoiement dans le fonctionnement de l’humaine société. Nihiliste, Tim Burton, face au monde d’aujourd’hui ? Car ce n’est plus son envers qu’il nous donne à voir, mais son essence, sa dynamique, (cannibales) plus que désespérantes. Ou bien Tim Burton s’en remet-il aux personnages des enfants, auxquels il concède la vie sauve ? Comme à une lueur prometteuse qui transcenderait la chape de plomb où il les a fait grandir?