Quatre Minutes
Vier Minuten

Film allemand de Chris Kraus

Avec Hannah Herzsprung, Monika Bleibtreu, Sven Pipig, Richy Müller

Sortie le 16-01-2008
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h52

 
 
   

Primé à maintes reprise, ce second film de Chris Kraus, fruit d’un labeur de huit années, enchante par son thème principal (l’épanouissement à travers l’art de la musique) et la performance de la jeune comédienne qui le porte, Hannah Hertzsprung. Mais il déçoit par sa fâcheuse tendance à faire de tous ses personnages et de leurs problématiques des caricatures…

C’est à renfort de contre-jours et de clairs-obscurs, que le cinéaste illustre le contraste et la tension entre le bien et le mal, l’amour et la haine. 4 Minutes est fort d’un sujet classique mais non moins passionnant – la musique adoucit-elle les moeurs ? Le film le décline dans le milieu carcéral féminin, confrontant deux femmes, l’une, professeur de piano, libre mais prisonnière de son passé, l’autre, incarcérée et elle aussi prisonnière d’un passé qui ne passe pas. En témoignent son attitude mutique et ses mains qu’elle gratte jusqu’au sang, comme pour arracher la souffrance inscrite dans sa chair. Les deux femmes, d’abord plus qu’hostiles, se découvriront l’une à travers l’autre, liées puis unies dans le travail et la musique.

L’interprétation de la jeune pianiste virtuose est brillante : le regard, l’oeil même, suggère le caractère borderline, à deux niveaux. Oscillation entre l’enfant abusée et l’adulte endeuillée (déjà !...) d’une part, entre folie destructrice et génie créateur d’autre part. Monika Bleibtreu quant à elle, ressemble davantage aux clichés des vieilles filles lesbiennes. Deux portraits féminins riches de deux histoires peut-être trop complexes pour être adaptées cinématographiquement dans leur totalité. Car là où le film se perd, c’est dans cet amalgame, ou du moins dans la mise en parallèle de la violence subie par l’une et l’autre. La première a été violée par son père, la seconde est victime d’une violence sociétale dans le contexte particulier de la période nazie. Le cinéaste aurait gagné à faire des choix thématiques. Le scénario fait se rejoindre judicieusement ses deux personnages dans les trois questionnements suivants : comment pardonner l’innommable ? Comment atteindre la liberté dans les contraintes ? Comment dépasser l’ignominie dans le sublime ? Il n’en reste pas moins le support surchargé d’un film plus que didactique. Reste cette fameuse séquence de fin, où la musique déploie toute sa puissance à l’image...