Les yeux bandés

Film français de Thomas Lilti

Avec Jonathan Zaccaï, Guillaume Depardieu, Lionel Abelanski, Frédérique Meininger, Chloe Réjon, Sarah Grapin, J-Fr. Stévenin

Sortie le 09-01-2008
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h21

 
 
   

Faux Frères

Encore un premier long-métrage après quelques courts, mais le parcours de ce jeune réalisateur est plutôt atypique puisqu’il a poursuivi, parallèlement à cette activité cinématographique, ses études de médecine qui ne sont pas réputées pour laisser beaucoup de temps libre aux étudiants. Je ne sais pas ce que vaudra le docteur Lilti comme praticien, mais comme cinéaste il franchit plutôt bien l’obstacle et son film est plein d’évidentes qualités : il maîtrise l’espace des décors du Nord, le tempo grâce à un montage qui pousse constamment l’action en avant, et d’excellents comédiens qui sont tous impliqués dans ce récit noir et désenchanté.

Théo et Martin sont deux garçons qui ont été adoptés par une famille d’accueil et élevés comme des frères. Assez violents et un peu voyous, ils ont eu une enfance et une adolescence qui frisaient la délinquance. La quarantaine approchant, Théo s’est assagi et travaille comme camionneur : il attend la naissance de son premier enfant. Il est sidéré d’apprendre que Martin est soupçonné du viol et du meurtre d’une adolescente, fille de voisins du village de son enfance. Il ne peut croire à la culpabilité de son « frère » qui crie son innocence et va donc tenter de lui venir en aide. Progressivement, on découvre ainsi les jeux étranges qui unissaient les deux enfants, comme cette sorte de roulette russe qui consistait à traverser en courant l’Autoroute du Nord, les yeux bandés.

Comme souvent chez les cinéastes issus du court-métrage, la trame dramatique est un peu trop légère pour alimenter suffisamment un long-métrage et les scènes ont peu à peu tendance à patiner ou à se répéter, malgré quelques flashes-back confus ou trop tardifs qui tentent de ranimer l’intérêt dramatique. Conscient des limites de son histoire, Thomas Lilti a eu le courage de nous livrer un film très court sans tenter d’atteindre les 90 minutes fatidiques. Rajoutons aux autres qualités de ce premier film cette honnêteté lucide.