Reviens-moi
Atonement

Film anglais de Joe Wright
d'après le roman de Ian McEwan

Avec James McAvoy, Keira Knightley, Romola Garai, Saoirse Ronan, Vanessa Redgrave

Sortie le 09-01-2008
Sélection Mostra de Venise 2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h03

 
 
   

Mélo or not mélo

La canicule s’est abattue sur le manoir de la riche famille Tallis, dans la campagne anglaise. Nous sommes en 1935 et la jeune Briony finit de taper à la machine sa dernière (courte) pièce qui fait l’admiration de sa mère, car elle n’a que treize ans.

Nous redoutons un peu, dans ce prologue, de voir un héritier de James Ivory prendre la relève de ses minauderies so british, mais il n’en est rien : l’histoire qui vient de commencer sera violente, cynique et cruelle. En épiant le monde qui l’entoure, Briony surprend la relation cachée de sa soeur aînée, Cecilia, avec Robbie, le fils de la gouvernante, dont la famille Tallis a pris en charge les frais d’université. Bouleversée, l’adolescente va dénoncer à tort ce garçon comme étant l’auteur de l’agression, suivie du viol, de sa cousine Lola. Robbie est arrêté, jugé et emprisonné. Cécilia est au désespoir. Toute cette première partie est remarquablement traitée : justesse psychologique des personnages, chronologie déconstruite avec subtilité, mixage astucieux d’une musique lyrique et d’une machine à écrire, accessoire essentiel de l’histoire. Joe Wright, dont c’est le deuxième long-métrage après Orgueil et Préjugés, maîtrise dans une réalisation discrète mais efficace la mise en place des éléments du drame qui va se dérouler.

1940, la guerre a éclaté et les troupes franco-anglaises battent en retraite vers l’apocalyptique piège de Dunkerque encerclée. Robbie, engagé volontaire pour échapper à la prison, erre sur la plage envahie de milliers d’hommes qui attendent dans l’espoir d’être embarqués pour l’Angleterre. Dans cette seconde partie, un autre film vient de commencer et Joe Wright verse dans le grand spectacle : plans séquences de plusieurs minutes, figuration gigantesque, explosions diverses et litres d’hémoglobine décrivant l’agonie d’une armée prise au piège, tout cela évoquant Week-end à Zuydcoote et confirmant ainsi le goût inusable des réalisateurs pour la pyrotechnie à grand spectacle. Mais où est donc passée l’émotion qui baignait l’été caniculaire du début de l’histoire ? Elle réapparaît fugitivement grâce à quelques plans d’actualités d’époque montrant soudain, en noir et blanc, le visage souriant à la caméra des vrais rescapés de Dunkerque, fourbus mais de retour sur leur île natale. Rapatrié, Robbie peut enfin retrouver sa Cecilia, bouleversée.

Briony, elle, s’est engagée comme infirmière et soigne les agonisants, sans pouvoir échapper au remords qui la tenaille depuis sa dénonciation mensongère. Elle finira par retrouver le couple, avouera enfin la vérité. Elle implore le pardon de Robbie qui laisse éclater sa colère devant ces années perdues. Ce troisième film semble prendre définitivement le virage vers le pur mélo avec happy ending convenu lorsque, dans un épilogue inattendu, nous voyons une interview télévisée de Briony, de nos jours, présentant son dernier roman qui vient d’inspirer le film. Devenue un auteur célèbre, elle tient à nous révéler, à l’approche de la mort, la véritable fin de cet amour contrarié par son mensonge et qu’elle n’a pas osé mettre dans son livre. Par cette pirouette pirandellienne, Joe Wright « démélodramatise » in extremis le film et lui redonne sa dimension tragique. Le personnage ambigu de Briony est admirablement interprété par trois comédiennes parfaites : la jeune Saoirse Ronan, Romola Garai et l’éternelle Vanessa Redgrave.