XXY

Film argentin de Lucia Puenzo

Avec Ines Efron, Ricardo Darin, Valeria Bertuccelli, German Palacios, Martin Piroyansky, Carolina Peleritti

Sortie le 26-12-2007
Grand prix de la Semaine de la critique, prix Acid-CCAS/ Rail d’or, Mention spéciale prix de la (toute) jeune critique au festival de Cannes 2007
 
   

Par Elise Heymes


Durée: 1h31

 
 
   

Malgré une mise en scène un peu appuyée, aux symboliques chargées, la jeune cinéaste argentine Lucia Puenzo nous livre ici un premier long métrage dont la singularité fait la grande beauté.

Alex a 15 ans et vit avec ses parents dans une petite ville de pêcheurs. Elle est hermaphrodite. Ses parents ont tenu à la protéger des médisants, des curieux et des idiots. Jusqu’au jour où sa mère invite un couple d’amis et leur fils à passer quelques jours chez eux. Comme pour briser le tabou. Ce qui se passe puisque les adolescents découvrent ensemble la sexualité. Dès lors, rien ne va plus…
Au départ, Alex est une jeune fille. Ses parents l’ont sans doute rêvée ou préférée en petite fille. Jeune fille ensuite, à force de corticoïdes. Au départ, les jeux semblent faits de part et d’autre. Sa mère veut décider son père à la faire opérer par cet ami médecin. Lequel est impatient de se confronter à cette curiosité médicale. Sympathiques ou antipathiques, les adultes se montrent plutôt à la hauteur : ils ne refusent jamais le dialogue avec leurs adolescents. Doux ou brusques, généreux ou égoïstes, ils se confrontent aux secrets. Et puis la réalisatrice procède progressivement à un recentrage sur Alex ; au fond, que veut-elle ? Difficile de devenir ce que l’on est, lorsque l’on n’est né ni homme, ni femme, mais les deux à la fois. Au fur et à mesure qu’avance le film émotionnellement, Alex s’affirme, non pas comme jeune fille, comme jeune garçon, mais bien les deux à la fois. Plutôt que de s’amputer d’une part constitutive d’elle-même, elle choisit l’écartèlement. Que l’on peut percevoir aussi comme le choix du tout. C’est tout ou rien. Et ce tout, le père raconte l’avoir vu à sa naissance comme la perfection ; elle était parfaite, dès le premier regard. Oscillant entre monstre et perfection, désignations qui lui viennent de l’extérieur, Alex se cherche et se trouvera…
Comme la caméra qui rassemble les éléments, en suivant un pied humain qui foule la terre et en plongeant dans les eaux sous-marines - d’où surgissent tantôt les monstres des profondeurs, tantôt les inquiétantes étrangetés de l’inconscient, XXY rassemble tous les contraires, qu’il met subtilement en question. Que veulent dire au fond les catégories, les classifications, autant d’enfermements du vivant, dont la maîtrise – illusoire – rassure ? Lucia Puenzo a fait des deux pères des scientifiques. Celui d’Alex opère les bêtes marines, celui d’Alvaro les poitrines de ses patientes. Chirurgien de la nature contre chirurgien de l’artificielle esthétique… Rien n’est laissé au hasard dans ce premier film qui se révèle être une belle promesse de cinéaste.