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Film italien de Abbas Kiarostami

Sortie le 28-11-2007
Réalisé par trois réalisateurs: Olmi, Kiarostami, Loach
 
   

Par Claude Gallot


Durée: 1h55

 
 
   

Trois grands metteurs en scène, trois frères en cinéma, Ermano OLMI, Abbas KIAROSTAMI , Ken LOACH, se sont associés pour créer trois variations autour d’un
thème hautement romanesque : le voyage.

En choisissant le train comme vecteur scénaristique, ils investissent le champ de l’inconscient du spectateur qui remplit les creux de l’histoire de ses propres expériences
et souvenirs. Ils font également du voyage une métaphore de la vie, avec un début, une durée et une fin, où tout peut arriver, dans le vrai comme dans le fantasmé.
Dans ce lieu clos (on pense au Huis clos de Sartre) peuvent s’exprimer toutes les facettes de l’être humain, et c’est ce qui fait la grande richesse du film.
Dans chaque histoire, les personnages de la suivante sont en arrière plan, en pointillé, mais ils attirent notre attention, ils nous intriguent, c’est normal, puisque nous faisons partie du voyage, nous ne sommes pas seulement spectateurs nous échangeons des regards avec les autres voyageurs, le regard, c’est cela le cinéma.
Dans chaque épisode il y a de l’amour, l’amour du cinéma, d’abord, et chez chaque réalisateur une conception et une préoccupation différente : pour OLMI, lui-même très âgé, le sentiment amoureux est fantasmé, platonique, inassouvissable, inavouable de vive voix, et même difficile à exprimer par écrit. Pour KIAROSTAMI, l’amour est dominateur, exclusif, fait de jalousie et de possession.
Chez LOACH, l’amour est subtil, à peine visible, il fait partie du lien social, il fait fondre les apparences trompeuses.

Ce voyage dont je me garde bien de vous conter les péripéties est aussi un acte militant : OLMI, montrant un vieux savant souffrant de solitude, n’oublie pas que le fascisme (incarné par un para en tenue guerrière, le regard dissimulé derrière des lunettes noires) est toujours là, comme une menace, une figure du pouvoir violent.
Pour KIAROSTAMI (n’oublions qu’il est Iranien) le totalitarisme, représenté par la veuve d’un général, ne laisse d’autre issue, pour survivre, que la fuite.
Chez LOACH, il n’y a de racisme que par manque de dialogue, par ignorance de l’autre ; dès que le contact est établi, la compréhension fait place à la haine.
LOACH est un humaniste, il croit en la bonté.

Ce film réalisé par trois maîtres tient largement ses promesses : intelligent, raffiné, riche en petits et grands événements, plus esthétique chez Olmi, plus naïf chez Kiarostami, plus brut, plus style reportage, chez Loach, est servi par des acteurs inconnus (sauf Valeria Bruni-Tedeschi) excellents, avec lesquels, de ce fait, on peut s’identifier.

PS : ce film est en péril, par manque de publicité, le distributeur, Jacques Atlan, n’ayant pas les moyens de ses ambitions.