Lumière silencieuse
Stellet licht

Film mexicain de Carlos Reygadas

Avec Cornelio Wall, Miriam Toews, Maria Pankratz, Peter Wall, Elisabeth Fehr, JacoboKlassen

Sortie le 05-12-2007
Prix du Jury Cannes 2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 2h22

 
 
   

Les affres du pêcheur

Aux antipodes de Bataille dans le ciel, faux film X qui flirtait avec Buñuel, Carlos Reygadas nous propose aujourd’hui un scénario qu’aurait pu signer Carl Dreyer : benedicite et rigueur morale étant les deux mamelles du foyer sur lequel règne Johan, agriculteur du Nord du Mexique. Ce parrainage est d’autant plus évident que cette famille de blonds roses aux yeux bleus, qui parle un dialecte évoquant le hollandais, semble plutôt issue des terres scandinaves que de la pampa sud-américaine. Ce sont des Mennonites, secte cousine des Mormons, Quakers et autres Amish, mais ils ne rejettent pas le monde actuel et se servent du téléphone et des automobiles. Le seul lien évident entre ces deux films aussi dissemblables, c’est que le réalisateur a vraiment des problèmes de foi.

Johan également, plus des problèmes de coeur : un matin, après le petit déjeuner, il s’effondre car cet homme intègre et religieux, bon mari, bon père, s’aperçoit que son solide édifice familial peut encore, (mal)heureusement, être ébranlé par l’amour. Il en aime une autre et cet adultère, d’autant plus étrange que la maîtresse est encore plus laide que la légitime, va le tourmenter durant 2 heures 22 (22 minutes de trop, celles consacrées aux machines agricoles en action et aux trayeuses de vaches étant nettement hors du sujet.) Reconnaissons à Carlos Reygadas, de film en film, la hardiesse d’assumer son goût sincère pour une certaine laideur, loin des canons du glamour cinématographique conventionnel.

Ces quelques réserves ne visent pas du tout à condamner la majestueuse lenteur du film et les qualités de son austère scénario. Nous sommes mis en condition dès le début de la projection par un admirable lever du jour en temps (presque)réel sur la campagne mexicaine qui efface progressivement les constellations, et par le chant des oiseaux qui remplace imperceptiblement la stridence des insectes nocturnes. Le tempo est donné qui va rythmer cette tragédie intime jusqu’à un étonnant dénouement que je ne révèlerai évidemment pas. Et le récit se referme enfin par un crépuscule aussi long que l’aube du début jusqu’à ce que réapparaissent les étoiles et l’angoisse métaphysique. La preuve ? Aucun spectateur ne quitte la salle durant cette longue agonie du jour alors que chacun sait que ce lent film est terminé.