Les Toits de Paris

Film français de Hiner Saleem

Avec Michel Piccoli, Mylène Demongeot, Maurice Bénichou

Sortie le 21-11-2007
Prix d'interprétation masculine Locarno 2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h38

 
 
   

Sous les toits, un roi se meurt

Après les remarqués Vodka lemon et Kilomètre zéro, l’écrivain et réalisateur Hiner Saleem délaisse provisoirement l’univers kurde de son enfance pour offrir son regard insolite et poétique à un événement qui a traumatisé la France : la canicule de 2003. C’est sous les toits de Paris que le metteur en scène a introduit sa caméra, pour un film saisissant sur la solitude et les laissés-pour-compte.

Comme ses voisins de palier, Marcel (Michel Picccoli) vivote de son mieux dans sa chambre de bonne parisienne en proie à la chaleur accablante de l’été. Restent les petites habitudes quotidiennes, les méditations à la piscine, le réconfort d’un plat du jour à la brasserie, la compagnie d’un ami (Maurice Bénichou) ou d’une présence féminine (Mylène Demongeot) pour tenter de ne pas s’en faire. Mais quand ce quotidien vacille, la vie devient survie, et peu à peu, lent déclin.

Hiner Saleem signe avec Les Toits de Paris un film terriblement tendre, qui tire sa grande force de ce que ses personnages ne se plaignent jamais. Même quand il implore la messagerie téléphonique de son fils qui, depuis bien longtemps, a déclaré forfait, le vieux Marcel est dans la retenue. Même quand il rampe sur le sol, privé de la majesté de la station debout, ou que son visage bonhomme se fige dans un rictus de douleur, Michel Piccoli garde sa dignité sublime. Le sublime : la beauté dans l’horreur. La générosité des êtres dans la misère. Jusqu’au bout, le héros fatigué se nourrit de la rencontre des êtres qui errent sur sa route, venant lui prêter leur grain de folie, lui souffler leurs parades à la solitude. Dans Les Toits de Paris, les êtres s’aiment sans paroles – car que vaut une parole face à l’infinie palette des sourires et des gestes ? Au beau milieu du silence, ils font une fantaisie d’un rien – et, avec eux, la caméra se met à rêver : pluie, vent, chaleur écrasante réclamant le secours d’un ventilateur, tout est prétexte dans ce film à faire danser les tissus et les rayons de lumière… Un vrai bijou.