Les Deux Mondes

Film français de Daniel Cohen

Avec Benoît Poelvoorde, Natacha Lindinger, Michel Duchaussoy, Daniel Cohen, Catherine Mouchet, Stefano Accorsi, Arly Jover, Zofia Moreno

Sortie le 21-11-2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h45

 
 
   

BD de luxe

Cette opulente comédie montre un goût pour les aventures spectaculaires qui mériterait d’être soutenu car il est trop rare dans le cinéma français : décors, costumes, effets spéciaux efficaces, nombreuse figuration, tout concourt à faire de ces Deux Mondes une super production digne des grands spectacles hollywoodiens. Les accros aux films psychologiques qui se déroulent dans une chambre de bonne peuvent s’abstenir, par contre les familles accompagnées d’enfants verront certainement avec plaisir les mésaventures de ce timide restaurateur de tableaux, assailli par des catastrophes successives dans sa vie parisienne et qui prend sa revanche dans un autre univers où il est considéré comme un Dieu. Ce genre de héros à double personnalité est une constante que le cinéma affectionne depuis ses origines et dont La Vie Secrète de Walter Mitty (Norman McLeod, 1947) est un des exemples les plus réussis.

Mais, sans jouer les boudeurs de plaisir, on peut regretter toutefois que la tendance très BD « à la Lauzier » du scénario n’aide guère à croire aux conflits affrontés par les personnages dans la vie réelle : cette séparation conjugale abrupte, les interventions lourdingues de l’amant, l'improbable comportement du mari ou la réconciliation finale convenue sont finalement bien plus incroyables que les péripéties cauchemardesques des aventures que vit Benoît Poelvoorde dans son autre Monde, parmi les Bégaméniens, et dont le message politique - « le Pouvoir vous transformera forcément en tyran » - ne brille pas spécialement par son originalité. Les trop nombreux aller-retours systématiques d’un Monde à l’autre finissent par lasser en mécanisant progressivement un récit qui s’éternise, écrasé par une bande sonore pleine des hurlements, batailles et vociférations permanentes de l’infatigable population bégaménienne, dans laquelle la musique peine à trouver sa place. Un scénario resserré, un montage allégé et un mixage plus sélectif auraient atténué ces quelques réserves mais, même en l’état, ce film demeure un projet ambitieux, donc estimable, qui devrait remplir sa mission : distraire le grand public familial. Ce n’est déjà pas si mal.