Les Fourmis Rouges

Film belge de Stéphan Carpiaux

Avec Déborah François, Frédéric Pierrot, Arthur Jugnot, Julie Gayet

Sortie le 14-11-2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 90'

 
 
   

Les pièges du long


Un garagiste qui vient de perdre sa femme dans un accident de voiture vit désormais avec sa fille adolescente, Alex. Il est inconsolable à tel point que, malgré son métier, il est incapable d’assurer désormais l’existence matérielle de sa famille réduite.

Sa fille l’aide comme elle peut, s’occupant de la cuisine, de l’entretien de la maison, du plein d’essence des rares clients, et même d’une vieille femme acariâtre qui cherchait une aide ménagère. Elle y rencontre un jeune pianiste, neveu introverti de la harpie qui le terrorise. Progressivement, Alex finira par monnayer ses charmes virginaux pour rapporter quelques euros supplémentaires à la maison. On a du mal à accepter le comportement de ce père qui tolère une telle situation plutôt que de refaire des vidanges moteur, ni celui de sa fille qui supporte pareille démission, le parfum d’inceste inabouti étant la seule explication suggérée.

Auteur et réalisateur de nombreux courts-métrages, souvent primés dans divers festivals, Stéphan Carpiaux passe le cap du long-métrage avec Les Fourmis Rouges. Découpage classique, recherche de belles images, bons comédiens, tous ces atouts réunis n’évitent cependant pas l’impression de voir un trop long court-métrage. Est-ce parce que l’histoire, récompensée pourtant par le Trophée du 1er Scénario, manque des développements qui l’enrichiraient ?

Les situations données au départ n’évoluent guère dans le temps et maintiennent figés les rapports entre les personnages, sans les faire progresser. Ce sentiment de patinage dans le vide est renforcé par les incessantes déambulations d’Alex qui n’arrête pas d’aller et venir, de traverser le village, de passer en sous-bois, sur les routes, d’une maison à l’autre, déplacements filmés sans ellipses et qui doivent bien représenter la moitié du métrage pellicule du film. Ces randonnées se concluent par une courte scène, peu dialoguée, souvent répétitive, qui ne propulse guère une montée de l’intérêt dramatique. Le film finit par atteindre ainsi les 90 minutes imposées, mais aurait pu se contenter des 30 qui permettraient à ce scénario, resserré, de mieux exprimer les relations ambiguës entre ces personnages et d’aboutir à un bon moyen-métrage. Avec les qualités réelles qui existent dans cette ébauche de premier long, Stephan Carpiaux devrait réussir sa seconde tentative : c’est ce qu’on le lui souhaite.