Versus

Film japonais de Ryuhei Kitamura

Avec Tak Sakaguchi, Hideo Sasaki…

Sortie le 20-02-2002
 
   

Par Raphaël Lefèvre


Durée: 1h59

 
 
   

" 666 portes nous séparent de l’autre monde. "
" Peu d’hommes le savent. "
" La 444e se trouve au Japon, dans la forêt de la Résurrection… "

C’est avec un immense fou rire que l’on accueille le prologue de Versus. On n’a encore rien vu : le film nous en réserve d’autres. Il est déjà assez savoureux de savoir que Versus nous propose trois films de genre pour le prix d’un ; il est en effet l’improbable rencontre entre un film de zombies, un wu xia pian (film de sabre made in HK) et un polar à gunfights, le tout ultra-stylisé par une caméra élastique et un montage au hachoir. Dans une magnifique forêt maléfique de l’archipel nippon, propice à l’émergence d’un univers oppressant, vont s’affronter pendant près de deux heures des guerriers tout de cuir vêtus, des yakuzas déjantés, des flics gominés, des morts-vivants dégénérés, une jeune fille pure aux blancs habits et moult créatures venues d’on ne sait où… Bienvenue au pays des phrases qui tuent, des plans qui tuent et des clichés sophistiqués !

Dans ce pays, la demi-mesure n’existe pas. Tout est excès : amples mouvements de caméra (travellings avant ou circulaires) ou très lents ou très rapides, contre-plongées accentuées et autres angles fous, montage frénétique (c’est le monteur de Ghost in the shell qui tient le hachoir), alternances ralenti-accéléré, sons hypertrophiés, musique techno-rock omniprésente… la totale, quoi. Le scénario n’est évidemment pas le souci principal de Kitamura, dont le but est plutôt de s’approprier les clichés avec jubilation. Le spectateur doit jouer le jeu. Il est fortement aidé par l’évacuation patente de tout premier degré. L’exagération absurde des situations, des personnages et du style, ainsi qu’un humour décalé résolument délirant désamorcent systématiquement les poncifs et les tensions dramatiques outrageusement artificielles. Sans toutefois être une parodie, Versus fait preuve d’une autodérision salutaire. Il est en fait au kung fu, au gore et au polar ce que Scream est au film d’épouvante : un hommage au second degré. Il est également au cinéma japonais ce que Le Pacte des loups est au cinéma français : il emprunte un peu partout, chez lui (les mangas) mais surtout hors de ses frontières (Romero, Raimi, Tsui Hark, John Woo, les jeux vidéo…) et situe l’action dans son pays sans grand souci de crédibilité (les bagnards arborent un magnifique "Lawbreaker" sur leur combinaison, le flic a été formé au FBI…).

" Ca va, laisse tomber la morale… " lance à un moment le protagoniste principal. Effectivement, on se dit que le spectacle auquel nous assistons est à des lieux de toute notion de morale. Il développe une fascination aussi inquiétante que réjouissante pour le Mal et les mutilations en tous genres. Et puis au bout d’une heure trois-quarts de folie, lors de l’épilogue futuriste de cet Highlander nippon, une phrase apparemment désinvolte retentit, dont la résonance s’avère terrible : " Il n’y a plus rien à détruire en ce monde… " Derrière cette débauche de violence stylisée, serait-ce la paix que prône Kitamura ? Peut-être bien…

Versus reste, quoi qu’il en soit, un spectacle esthétisant cinglé à souhait. Ryuhei Kitamura y a mis toutes ses idées (enfin, idées…) et tous les effets de style possibles. Le résultat n’a rien de très original, mais ce petit a du talent. Son film est quand même un subtil (est-ce vraiment le mot ?) mélange de déjà vu et de jamais vu. Délicieusement indigeste et excessivement jouissif, il ravira les amateurs de films de genre bien barrés.