Retour en Normandie

Film français de Nicolas Philibert

Sortie le 03-10-2007
Sélection officielle hors compétition à Cannes 2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h53

 
 
   

Retour sur les lieux du crime

Retour en Normandie est un film hommage et un carnet de bord, en même temps que le retour autobiographique sur une vie nomade, consacrée au cinéma. Un hommage d’abord à René Allio, auteur de Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère… (1975), aujourd’hui décédé. Une introspection ensuite de Nicolas Philibert, jadis assistant sur le film du maître, aujourd’hui glaneur d’anecdotes et portraitiste de la France rurale, dont l’authenticité fit le succès il y a quelques années d’Etre et Avoir.

Dans son ambition de faire revivre le long métrage de René Allio, trop vite oublié par les nouvelles générations de cinéphiles, Retour en Normandie est une réussite : en mêlant savamment images d’archives, anecdotes des comédiens amateurs retrouvés sur les lieux du crime, citations en voix off des mémoires de Pierre Rivière et, en miroir, des carnets d’Allio, le documentaire de Philibert nous imprègne d’une oeuvre qu’on a envie, au sortir de la séance, de découvrir ou de revisionner. Une oeuvre qui ouvre aussi sur une belle leçon de cinéma.

Pour ce qui est du patchwork intimiste du réalisateur devenu grand, le résultat est plus mitigé : la voix off ne parvient jamais vraiment à quitter son artificialité de départ, la logique associative des séquences fonctionne avec plus ou moins de bonheur, et l’on peut rester quelque peu perplexe devant certaines séquences qui contribuent avec maladresse à cette quête autobiographique. Si l’on ne peut reprocher à Philibert une compassion et un humanisme évidents, on peut être agacé par ce qui, parfois, peut passer pour de la gratuité, sinon du voyeurisme, derrière l’excuse confortable du portrait réaliste. Un écueil que le réalisateur aurait peut-être pu éviter en resserrant un peu la trame de son film, dont la liberté de montage se dilue dans une bonne demi-heure de trop.