99 F

Film français de Yan Kounen
D'après le livre

Avec Jean Dujardin, Jocelyn Quivrin, Parick Mille, Vahina Giocante, Elisa Tovati, Nicolas Marié, Dominique Bettenfeld, Frédéric Beigbeder

Sortie le 26-09-2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h40

 
 
   

Fil(m)s de Pub

Le milieu de la pub, le jargon de la pub, l’escroquerie fondamentale qu’est la pub, tout cela n’est vraiment pas mon univers favori. Etrangement, les auteurs de 99 F semblent éprouver la même aversion : ça tombe bien, car ils savent au moins de quoi ils parlent puisqu’ils sont issus de ce milieu, Jan Kounen avec une impressionnante filmographie publicitaire et Frédéric Beigbeder, ex « créatif », auteur de ce roman autobiographique qui a obtenu le succès que l’on sait. On ne peut donc pas dire que les deux compères soient des novices en matière de plans media ; ingrats, ils scient pourtant avec allégresse la branche qui les a soutenus.

Il est évident que devant une telle galerie de personnages antipathiques, des « artistes » aux grands patrons qui les emploient, on est envahi par un malaise qui empêche d’adhérer béatement aux péripéties qui se déroulent sur l’écran, dans le brouillard des joints et des prises de coke interrompues par des vomissures ou des hémorragies diverses. La pilule passait mieux lorsqu’elle n’était que littéraire et que l’imagination du lecteur restait libre. Cependant, on ne peut rester indifférent devant les qualités cinématographiques de Jan Kounen qui développe son histoire avec une virtuosité étonnante : chaque plan est un exploit et le film devient un catalogue exhaustif de tout ce que la maîtrise des effets spéciaux actuels permet comme, par exemple, un usage efficace et discret du morphing qui transforme fugitivement le visage de Dujardin en Beigbeder, à la surprise des deux intéressés. Il y a également un humour grinçant qui sous-tend toutes les scènes et fait obstacle à l’invasion du gore qui menace.

Par contre, le lourdingue message écologique façon Gore (Al) qui plombe l’interminable fin du film démontre que Jan Kounen est nettement moins à l’aise pour décrire son héros jouant les Robinson Crusoë dans un éden paradisiaque que lorsqu’il le plongeait dans l’univers sado-masochiste du milieu de la pub. En fait, on éprouve toujours le même regret à l’issue de ce genre de pamphlet généreux : l’évidence de leur inutilité. On se doute que 99 F ne mettra pas plus les publicitaires à genoux que Michael Moore les Fabricants d’armes à feu. Hélas…