Les méduses

Film israëlien de Etgar Keret
réalisé avec Shira Geffen

Avec Sarah Adler, Nikol Leidman, Gera Sandler

Sortie le 05-09-2007
Caméra d'or, Cannes 2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h18

 
 
   

L’eau et les rêves

Pour leur premier long métrage, salué comme il se doit par la Caméra d’or cannoise, le couple d’écrivains israéliens Shira Geffen et Etgar Keret ont su transposer avec une rare finesse leurs univers littéraires à l’écran.

Les méduses est une sorte de rêverie chorale qui, à la différence des films de ce genre, privilégie la logique associative et divagatoire à la logique rationalisante d’un scénario huilé à l’américaine. Trois personnages de femmes, à la dérive dans Tel-Aviv, tiennent les trois fils qui tissent le film. Les destins se croisent, s’interceptent parfois, mais ne convergent jamais vers ce qui devrait être un bouquet final. C’est plutôt un ballet inconscient de méduses que nous proposent les réalisateurs israéliens, un ballet qui flue et reflue au rythme de l’écoulement de la pellicule.

Car cette rêverie chorale est avant tout une rêverie aquatique : le film flotte avec toute l’insouciance de l’élément liquide qui en constitue le lien, formel et psychique. Les Méduses se réduit finalement aux états d’âme de ses personnages, et à leur enchaînement poétique qui flirte tantôt avec l’absurde, tantôt avec les bons sentiments – c’est vrai parfois. Mais l’humanité malicieuse qui habite toutes ces méduses, leur poésie fantastique aussi, donnent au film une grâce étonnante. On remarquera peut-être ce plan en plongée sur Keren, se délestant de sa robe de mariée pour escalader la paroi des WC – réminiscence décalée aux méduses-danseuses de Valéry, comme figées dans une toile altérée de Degas ? Peut-être n’est-ce que fantaisie précieuse de spectateur, mais tout le charme des Méduses est là : il laisse notre navire, niché dans sa bouteille, errer sur nos eaux les plus intimes.