4 mois, 3 semaines et 2 jours
4 luni, 3 saptamini si 2 zile

Film roumain de Cristian Mungiu

Avec Anamaria Marinca, Laura Vasiliu, Vlad Ivanov

Sortie le 29-08-2007
Palme d'or Festival de Cannes 2007
 
   

Par Laure Becdelièvre


Durée: 1h53

 
 
   

Avant l’aurore

C’est une Palme d’or tout aussi polémique qu’attendue que Quatre mois, trois semaines et deux jours. Bien loin des paillettes de la croisette, le second long métrage du réalisateur roumain Cristian Mungiu, désormais glorieux représentant d’un cinéma d’Europe de l’Est en plein boom, brille surtout par sa rudesse, son sang-froid et son audace – qui ne seront sans doute pas du goût de tout le monde.

C’est dans les décors ultra glauques de la Roumanie communiste de 1987, où la liberté se monnaye à coups de paquets de Kent, que la jeune Ottila accepte de venir à la rescousse de son amie et colocataire Gabita, enceinte depuis un peu plus de temps qu’elle ne veut bien le dire. Mais l’homme qui est censé faire avorter cette dernière entend en avoir un peu plus que pour son argent… D’épreuves en épreuves, la nuit sera longue.

C’est un formidable portrait de femme que nous peint là, sur fond de dictature communiste, Cristian Mungiu : de fade étudiante déambulant dans des vêtements trop grands à travers les sombres couloirs d’une cité universitaire délabrée, Ottila, face à son destin, prend peu à peu de l’ampleur, jusqu’à illuminer la triste nuit roumaine de sa lumière intérieure. C’est finalement en second plan que le réalisateur roumain nous raconte une histoire d’avortement illégal, dont l’indifférente banalité est peut-être, en temps de dictature, le signe le plus subtil de l’horreur. Les seules brèches d’humour (où domine le cynisme), Mungiu les réserve aux scènes de repas – rares moments de détente d’un film qui, jusqu’au bout, noue l’estomac. Mais éveille l’esprit.