1974, une partie de campagne

Film français de Raymond Depardon

Avec Valéry Giscard d’Estaing

Film documentaire de 1974 - Rediffusion
 
   

Par Clémentine Gallot


Durée: 1h30

 
 
   

Intimité

Engagé par Valéry Giscard d’Estaing à l’occasion de la campagne présidentielle de 1974, Raymond Depardon, jeune photographe, est chargé de réaliser un documentaire sur le candidat. Contre toute attente, le résultat montre une partie de pieds de nez et de rebondissements dignes de la meilleure fiction. Il nous restitue ici un témoignage d’une grande qualité : il s’agit en effet de son premier long métrage, un document sans précédent resté dans l’ombre jusqu’à aujourd’hui. Le film sort, 28 ans plus tard, la plupart des protagonistes (D’Ornano, Poniatowski…) sont morts : pourquoi n’a-t-il pas été diffusé à l’époque ? Pour VGE il s’agissait d’un simple document d’archives et il a refusé toute diffusion Avait-il peur du ridicule ? On peut penser plutôt que les propos cinglants qu’il tenait sur les politiques en général, et sur ses alliés en particulier, auraient fait scandale.

Inspiré des films sur les élections américaines, c’est le " cinéma vérité " et le " cinéma direct " qui influencent Depardon à ce moment-là.
La spécificité du film alors est d’être un vrai " document sur le pouvoir, la solitude, et le travail du politique ", comme l’explique le réalisateur : à cette époque où la censure était encore très active, l’intimité captée par l’œil de la caméra est totalement nouvelle. Pour la première fois " une caméra et un micro pénètrent aussi haut dans la sphère du pouvoir politique ".

Il décide ici de ne montrer que les faits, sans commentaires, en discret accompagnateur : au montage, des morceaux choisis, des détails anodins et révélateurs sont retenus. Sans relâche et à la moindre occasion, Depardon suit à la trace le candidat dans son périple au glanage des voix : dans les meetings, dans sa voiture, son avion, son bureau.

On se régale : Giscard qui recoiffe sa calvitie, qui met au point d’impitoyables stratégies pour le 2e tour (contre " Mitt’rand "), ou encore, forcé d’assister à des cérémonies d’accueil locales
(avec danses ou pipo).

L’envers du décor, ce n’est pas de la tarte : on pénètre dans les rouages d’une campagne électorale, où rien n’est laissé au hasard pour séduire les foules, où chaque ville est choisie avec discernement (" On va à Monceau-les-mines, pour les ouvriers, ça sonne bien "). En filmant de l’intérieur, Depardon nous montre l’intériorité du personnage : relations avec la presse, discours, Giscard est toujours seul malgré l’équipe active qui l’entoure. On découvre un homme élégant, digne, assuré, drôle : une vraie bête de scène qui sait manipuler les masses. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est l’implacable cruauté dont pouvait faire preuve cet homme fort intelligent, ses remarques cinglantes, son cynisme Le film nous laisse un goût amer : on en retient la facilité avec laquelle nous sommes manipulés, mais aussi que la politique n’est pas une affaire de douceur, qu’il faut être impitoyable avec tous, opposants comme alliés.