Persepolis

Film français de Marjane Satrapi
Adaptation de la bande dessinée éponyme de Marjane Satrapi

Sortie le 27-06-2007
Prix du Jury - Cannes 2007
 
   

Par Anaïs Jurkiewicz-Renevier


Durée: 1h35

 
 
   

Conte graphique

Persepolis est certainement l'une des meilleures surprises de l'année 2007. Création artistique issue de la bande dessinée alternative, ce dessin animé nous propose plusieurs découvertes et voyages artistiques en un laps de temps très court.

Tout d'abord, Persepolis nous emmène dans un monde créatif inexpérimenté à cette échelle : une bande dessinée issue d'une maison d'édition indépendante est adaptée par un studio spécialement créé pour occasion. L'association de deux dessinateurs, Marjane Satrapi et Winhschlüss, pour le dessin, entraîne un résultat intéressant, d'autant plus remarquable que les dessins ont été faits à la main. La qualité graphique du dessin animée est réhaussée une bande originale excellente. D'un point de vue strictement artistique, Persepolis provoque un réel renouveau dans le monde de l'animé.

En ce qui concerne l'histoire, l'adaptation de la bande dessinée est parfaitement réussie. Que l'on s'accorde d'abord sur le genre : il ne s'agit pas d'un pamphlet mais bien d'une autobiographie. Le lecteur frustré ne retrouve pas tous les détails de l'oeuvre originale mais est surpris de découvrir des événements non relatés dans le livre. L'essentiel de l'histoire est sélectionné pour rendre tout l'éclectisme de l'oeuvre : histoire personnelle, réflexion, Histoire, histoires d'amour et de guerre... Tout y est condensé, mais savamment dosé.

Satrapi nous propose de découvrir un monde peu connu des occidentaux : le mode de vie et de survie des familles iraniennes (ici de condition aisée), de la chute du Shah au milieu des années 1990. Certains lui reprocheront de trop stigmatiser les Iraniens. Au contraire, en effectuant une séparation nette entre l'attitude et le comportement de sa famille, de ses proches et ceux des extrêmistes, elle se place du côté de la défense du peuple iranien : il ne doit pas être stigmatisé et même le personnages des barbus ne sont pas présentés comme des terroristes potentiels, mais simplement comme des jeunes paumés, parfois des jeunes cons mais toujours placés entre les mains de quelques manipulateurs fanatiques. Elle n'effectue pas une satire politique ni une dénonciation claire. Les faits qu'elle relate sont vrais et sont intégrés avec brio à son oeuvre personnelle.


Ce dessin animé nous sert donc une histoire réelle, intéressante, un portrait original et subjectif de l'Iran dans un monde graphiquement réussi. Issu d'une bande dessinée qui réfléchit sur elle-même et sur le monde, il met en scène une réflexion constante et devient finalement un modèle de réussite d'adaptation de deux arts (bande dessinée/dessin animé) souvent trop mal considérés.