Persepolis

Film iranien de Marjane Satrapi
Dessin animé d'après les bandes dessinées éponymes

Avec les voix de: Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Simon Abkarian, Gabrielle Lopes

Sortie le 27-06-2007
Prix du Jury Cannes 2007
 
   

Par Henri Lanoë


Durée: 1h30

 
 
   

Pauvre petite fille riche

Je suis étonné de l’enthousiasme qui accueille ce film qui m’a mis mal à l’aise. La raison ? Il nourrit l’anti-iranisme primaire et permanent qui sévit contre ce pays de la part des Occidentaux, alimenté par la croisade contre l’Axe du Mal et autres intox que nous subissons à temps plein depuis que Mossadegh, en 1951, a eu le toupet de nationaliser l’Anglo Iranian Oil Company.

Rassurez-vous: à l’époque, on se débarrassa très vite de ce gêneur et les compagnies pétrolières étrangères purent repomper 95% du pétrole iranien avec la bénédiction du Shah resté en place. Après avoir participé à la mascarade du couronnement de ce souverain soumis, les Occidentaux, ingrats, s’en débarrassèrent pour le remplacer par l’ayatollah Khomeiny. Etrange stratégie qui donna les résultats que l’on connaît : cette fois-ci la route du pétrole était vraiment coupée. Comme on ne manque pas d’idées, on suggéra aux Irakiens de notre allié Saddam d'envahir l’Iran. Pas de chance, les Iraniens résistèrent dans une guerre longue et meurtrière pour les deux camps tandis que la « communauté internationale » gardait les mains propres et donnait des leçons de morale. Nous assistons aujourd’hui aux conséquences de ces événements et il est pour le moins excessif de désigner ces pays (dont la civilisation remonte à Babylone et à la Perse) comme les fomentateurs des troubles qui secouent la région et le reste du monde alors que, victimes d’un impérialisme sournois, ils pâtissent interminablement des décisions de l’Occident.

Persépolis raconte l’enfance et l’adolescence de la réalisatrice, Marjane Satrapi, durant ces périodes troublées. Les qualités techniques et graphiques de ce dessin animé – co-réalisé avec Vincent Paronnaud - sont remarquables et ne méritent que des compliments. Mais le personnage antipathique de cette fillette gâtée qui va virer à l’adolescente jamais contente devient vite insupportable. Rien n’est digne de cette jeune bourge : méprisante, elle trouve que tous les autres sont « cons » ou « chiants », elle décrit son pays comme totalitaire (que ce soit sous le Shah ou les Islamistes) mais peut en sortir en prenant l’avion comme d’autres le métro, elle se réfugie en Autriche aux frais de la famille, y trouve d’autres « cons chiants » et n’y apprécie que les joints, les beuveries et vaguement le cul… Elle retourne au pays ou la vie est vraiment devenue insupportable puisque les Barbus empêchent la jeunesse dorée de danser, etc. Si cette histoire se déroulait à Neuilly, les critiques s’acharneraient sur le choix d’une héroïne aussi caricaturale. Mais comme nous sommes à Téhéran, je suppose qu’ils n’y voient que légitime contestation... Marjane Satrapi espère que ce film empêchera les spectateurs de réduire désormais l’Iran à des barbus terroristes : je ne suis pas certain que ce soit le meilleur moyen d’y parvenir.